Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /Juin /2007 22:31

15/02/07, Sidi Bou Saïd :

 

Déjà un mois depuis le départ, et tant de choses à raconter. D’un point de vue nautique, pas mal de choses, encore que pas vraiment d’exploits, mais sur le plan humain… y’en a.

Nous sommes partis de Bonifacio le 17 janvier, avec un vent de sud ouest et de la mer annonçant la baston du lendemain. Il faisait presque maussade, déjà. Didier et Sandra nous ont aidé à larguer les amarres à 10h50. Les gars des Glen, Fabio et Ludo démâtaient le Sun fast 37 avec Patrick, ils nous ont salués avec un drôle de sourire. La gueule de Ludo, surtout, ajoutait à la drôle de sensation que je ressentais, sortie de port tant de fois effectuée mais jamais pour ne pas revenir… Fin de la Corse pour nous (mais qui sait ?), départ vers l’incertitude, vers la vraie vie. Comme si les deux mots « autonomie, responsabilité » devenaient enfin réalité. 
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Nous avons traversé les bouches au bon plein, cap sur Maddalena. Marion dormait, le vent forcissait et la barre tirait. Une heure de solitude pour commencer. Cap ensuite sur Porto Rotondo, après Capo Ferro, où nos amis Yann et Marie n’étaient pas encore rentrés. Astuce les attendait, sagement amarré.

Un coup d’ouest mémorable nous a contraint à rester un peu plus que prévu dans cette marina presque morte l’hiver.

Le 20, jolie étape jusqu’à Porticciu, petit port sans charme, sinon celui de l’accueil à l’italienne, toujours irréprochable. Les capitaines de nombre de ports français devraient entreprendre une croisière en Sardaigne, ils y verraient un exemple fort agréable : dans tous les ports, quelle que soit l’heure ou le jour de la semaine, il y a toujours, je dis bien toujours, un ormeggiatore (ou deux !) qui vient vous prendre les amarres et vous souhaiter la bienvenue avec le sourire. Dans tous les ports également, il y a deux pendilles récentes et surdimensionnées pour chaque bateau. Le top !

Ce jour là, nous doublons le capo Figari, imposante masse calcaire (?) qui plonge à pic dans la mer. Passé le golfe d’Olbia, (et un bonjour des gardes côtes, un !) nous passons à l’ouest de Isola Tavolara, rocheuse et majestueuse avec un bout de plage à l’ouest. C’est ensuite le début d’une côte linéaire, succession de baies peu profondes avec un cap tous les 20/30 milles jusqu’au sud de la sardaigne. De mémoire : Capo Coda Cavallo, Capo Comino, Capo Monte Santu, Capo Sferracavallo, Capo Ferrato.

Le surlendemain, 22 janvier, nous quittons à l’aurore porto di la Caletta (Siniscola) pour une étape de 50 milles qui doit nous faire passer le golfe d’Orosei jusqu’à Arbatax. Ce jour là, je crains à deux reprises de prendre une bonne correction, car mon baro dégringole d’un à deux hPa toutes les heures depuis le matin et deux barres nuageuses montent successivement du sud sud-est. Le Pagine Azzure, sorte de bloc marine italien, pas trop foutu, précise que Capo Monte Santu est un coin météo assez mal famé, surtout par vent de sud. Glups.

Nous n’aurons en fait que 15 nœuds de vent au passage du cap, qui tombent deux heures plus tard. A redémarrer le tournebroche, qui avait déjà tourné 6 heures le matin. En effet, cette descente de la Sardaigne se fera beaucoup au moteur, parfois des étapes entières de 30 milles, soit six heures, à ce rythme lancinant.

Arbatax est un vrai port, pas une marina. Nous sommes presque dans la ville, des bars sont ouverts, des gens vivent là. Des ferries entrent dans le port, un chantier immense, Motomar sarda, fabrique des plates formes pétrolières. Un coup de vent nous bloque quelques jours, suivi d’un retour forcé suite à un gros « klong ! » métallique venant du mat lors du réglage que le grand chef fignole en faisant tirer à l’équipage des bords successifs. Re glups ! La pièce chargée de répartir l’effort de l’embout en T du galhauban bâbord sur la lumière en tête de mât s’est dépopée sous la traction du câble trop ridé. 24-Lessive-de-rigueur.JPG

La réparation effectuée, je reprends humblement le cours des Glénans et réapprends l’évidence selon laquelle, sur un gréement en tête, on règle les galhaubans au port pour mettre le mat perpendiculaire à la flottaison. En mer, on vérifie qu’il n’y a pas de mou sous le vent, et ensuite on ne règle qu’avec les bas haubans. Cette petite leçon de modestie aurait pu nous coûter cher, mais au moins, nous avons maintenant un réglage correct et j’ai une idiotie de moins dans la tête !

Le 29 janvier, nous avons à 10h18 Capo Ferrato par le travers et mettons à la voile avec 3 beaufort de sud, qui atteindront 5 une heure plus tard. En fait le vent contourne la pointe sud est de la sardaigne. Nous progressons de 6 milles en une heure au près par 20 nœuds avec un petit mètre de gros clapot court. Merci le courant ! Quel bonheur de faire de la voile dans de décor ravissant. Les îles qui entourent Capo Carbonara constituent une réserve naturelle, dont une partie est interdite à toute navigation. Nous louvoyons entre elles, charmés et ravis, avant d’entrer en fin d’après-midi à Villasimius. Cette belle journée de voile nous a comblés.

En cinq heures sous spi, nous atteignons le lendemain Cagliari, capitale de la Sardaigne. Surprise : le port a été remanié depuis l’édition de nos documents nautiques, qui il est vrai ne datent pas tous d’hier. Les marinas ont changé de place, il nous faut un peu de temps pour nous y retrouver. Question port, ce n’est pas terrible du tout, mais la ville est construite à flanc de colline, elle mérite le détour. Ses ruelles, ses monuments baroques, ses avenues en forte pente nous séduisent.

Il est maintenant l’heure de changer de continent. Cette petite traversée de 120 milles en direction de Bizerte a pour nous un parfum d’aventure, à plusieurs titres : ce sera la première à deux, le véritable début du voyage aussi, après ce quasi convoyage (OK, pour un convoyage, y’a pas mal de grasses mat) le long de la Sardaigne. C’est aussi un changement de civilisation, la sortie des sentiers battus. Et une nuit en mer pour Marion qui a exigé d’avoir la pleine lune avec nous. Toute la nuit elle nous accompagnera, éclairant les flots avec une netteté qui m’impressionne à chaque fois.

 

La traversée Cagliari / Bizerte :

Deux jours après notre arrivée à Cagliari, la météo annonce une rotation du sud-est au sud-ouest puis au nord-ouest, au passage d’un front froid pas très méchant, mais bien visible sur les cartes isobariques. Voilà qui fait notre affaire, on y va. Après quelques heures de moteur pour se dégager des calmes de la côte, nous touchons le vent. Un ris sera bientôt nécessaire. La mer est plus forte qu’annoncé, un peu plus travers que le vent, et la barre est exigeante. Mais nous avançons comme des fusées. Vers 19h, c’est déjà la mi-course. A 1h du matin, Marion dort, le vent a bien adonné, il est maintenant grand largue. Je chantonne l’air de la chanson des Têtes raides (je crois) que Chouchou aimait : « Oh vieille lune ». Et hop, le petit pinceau du phare du Ras Enghela, pointe nord de l’Afrique, se montre sur l’avant tribord. Mon cœur bondit, je suis tout content.

Le vent ayant quelque peu molli, nous aurions peut être pu envoyer le spi, mais je manque d’assurance. De toute façon, Marion juge l’affaire déraisonnable : trop d’embardées dues à la houle. Continuons donc ainsi. Un petit contre bord pour parer le cap Blanc, collectionneur d’épaves si l’on en croit la carte, et cap vers l’entrée du port. Mais nous ne trouvons pas le feu de guidage. A 4h50, station de contrôle Bizerte nous autorise à entrer dans le port et nous souhaite la bienvenue en Tunisie. Réduit à viser l’entrée à l’aide du GPS (au diables les principes, je ne vais pas attendre le jour à la cape, il y a encore plus de mer avec la remontée des fonds), ce sont finalement les bons yeux de Marion qui trouvent les feux que les projos d’un gros cargo nous cachaient ! Alors que nous entrons dans le port, l’appel du muezzin pour la première prière nous enlève les derniers doutes : nous sommes en Tunisie. A 5h50, nous sommes amarrés au ponton d’accueil du port de plaisance. La traversée s’est effectuée en 21h, soit 6 nœuds de moyenne. Nous sommes fatigués mais tout contents. 
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A 10h, les formalités ont été effectuées : la libre pratique est obtenue. Un policier a emmené nos passeports sur sa vieille mob. Il est revenu une demi-heure plus tard. Renseignements pris, c’est parce que le commissariat est situé en ville. Les douaniers sont deux jeunes gars à l’air fatigué, ils n’ont pas vraiment d’uniforme. Pas du tout l’image du douanier. Ils montent à bord avec leurs gros godillots. Papiers expédiés en cinq minutes, mais ils ne répondent même pas à Marion : ils ne s’adressent qu’à moi. Ils nous demandent une bouteille de vin en cadeau. Je refuse : je ne vais tout de même pas leur filer une des bonnes bouteilles que je garde pour l’occasion ! Par la suite, on nous demandera plusieurs fois de l’alcool, mais uniquement lorsque personne d’autre ne peut entendre ou voir. Comme partout sans doute, l’interdiction d’une drogue n’empêche pas son attrait, même s’il faut se cacher.

 

Impressions de Bizerte :

Nous sommes restés finalement cinq jours à Bizerte. Certains quartiers de la ville ont du charme : le vieux port, la casbah (ville fortifiée). Nous visitons une vieille mosquée en rénovation, superbe bâtiment joliment restauré. Comme ailleurs en Tunisie, le marché est très sympa, les prix records (un kilo d’oranges super bonnes à 0,7 d soit 0,4 euros). Surtout, Bizerte est pour nous, pour moi, la ville de la confrontation avec la réalité. Celle d’un pays pauvre, religieux, où beaucoup vivent de débrouilles, où les ordures non ramassées occupent parfois des champs entiers. 
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Les faubourgs de la ville sont de bric et de broc, les quartiers pauvres côtoyant des maisons beaucoup plus aisées. Beaucoup de maisons de ces quartiers (la majorité ?) sont en chantier, pas terminées, un chantier qui semble durer depuis la nuit des temps. Marion pense que pour beaucoup ici, la maison est l’œuvre d’une vie : quand on a de l’argent, on construit un mur, un étage de plus ; quand on en a plus, on arrête la construction, parfois en plein milieu. « Inch allah », si dieu le veut, entend on souvent dire.

En quittant Bizerte, il me restera une impression mitigée, celle d’être resté en dehors de la vie de la ville, perçu comme un touriste étranger et riche. La gentillesse des gens, vantée par notre Guide du routard, est réelle : partout des formules de bienvenue, des « bonjour, ça va ? » Mais bien souvent, cette gentillesse est le moyen d’établir le contact avant la deuxième phase, celle où le local s’enrichit de quelques pièces à notre dépens. Que ce soient les employés du port (« Ah non, dit le préposé des douches, il faut me payer la douche à moi ; Ah non, dit la capitainerie, il faut me payer à moi. »), ou les chauffeurs de louages (les taxis collectifs), c’est souvent (mais pas toujours !) le même refrain.

On nous propose souvent, mais en fait rien n’est gratuit : un petit geste est toujours attendu en retour. Ainsi le pavillon tunisien qu’un gars vous offre à l’arrivée ; deux jours plus tard, il vous demandera cinq dinars pour ce pavillon. Tel autre vous dit « viens, je t’emmène au souk », là encore ce n’est pas désintéressé. Nous nous rendons compte (moi surtout, Marion, plus fine que moi, le savait déjà) que l’on nous voit arriver de loin avec nos gueules de français.

Au-delà de cette première impression, cela nous arrivera ensuite à Tunis et Sidi Bou Saïd, de vrais contacts peuvent se faire, de vraies rencontres sont possibles : la chaleur humaine est alors au rendez-vous, la gentillesse et le sens de l’accueil de certains Tunisiens sont à mon avis bien plus fréquents qu’en France, me rappelant presque mon passage sur l’île de Horta, dans l’archipel des Açores, il y a quelques années.

Pour certains, le Maghreb est le royaume de l’hypocrisie. Hypocrisie dans les rapports humains, par rapport à la religion, à l’alcool, aux traditions et au Coran. Ici, c’est l’apparence qui compte : on peut boire de l’alcool (discrètement), mais à condition de faire ses prières à la mosquée (publiquement). On peut faire l’amour avec sa promise avant le mariage, à condition qu’elle soit vierge le jour du mariage. On peut soutirer des dinars au touriste par tous les moyens, mais avec le sourire, et après moult formules de politesse. Cet avis est peut-être un peu tranché, mais il a le mérite de m’éclairer, moi qui suis souvent un peu benêt à force d’être idéaliste. « Quand on te demande si tu crois en Dieu, ne dis jamais que tu es athée. Ils ont Dieu en intraveineuse depuis la naissance, ici, me dit on, autant paraître intéressé par l’Islam ou rester vague dans sa réponse. » Sur le ponton, en effet, un gars assez bizarre m’avait demandé avec insistance si je croyais, si j’étais athée ou agnostique et enfin si je craignais Jésus Christ. (Là, je me suis dit : ce type ne va pas bien, il a du prendre chaud.) Mes réponses négatives successives l’avaient décontenancé.

Au port, notre voisin de ponton habite sur son motor-yacht de 12m. Il est espagnol, s’appelle Juan. Ce gars, colosse tranquille, est un mercenaire de la mer. Il y bosse depuis l’âge de 16 ans, en a 30 et a presque tout fait : pêcheur, plongeur, skipper… En ce moment, il est plongeur au corail. Tous les matins, il plonge jusqu’ à maximum 150m, avec trois bouteilles d’hélium sur le dos et passe ensuite 2 (?) heures dans un caisson de décompression. Nous l’invitons à partager nos dernières bières corses un soir à l’apéro. Il nous offre quelques cartes papier dont il n’a plus l’utilité, étant devenu un adepte de l’électronique. Il possède une maison avec des hectares de terrain dans la montagne, au dessus de Rosas.

Juan est un personnage très sympathique. Un peu d’Europe nous fait du bien. Il nous donne de bons conseils pour la navigation, insistant sur l’importance du pilote automatique et sur le matériel de plongée pour se sortir d’un filet de pêche à l’occasion (si pas de veine). Il admire beaucoup notre projet, nous souhaite « une bonne promenée ». En sa compagnie, nous avons passé une très agréable soirée.

Le dimanche, nous allons visiter le parc national d’Ichkeul. C’est une montagne isolée avec un vaste lac d’eau saumâtre à ses pieds, érigés en réserve naturelle. Ce site est notamment un lieu de migration majeur pour nombre d’oiseaux, soit venant du nord et continuant vers le sud pour y passer l’hiver, soit qui passent l’hiver sur place. Ne voulant pas louer de voiture ni prendre de taxi, trop cher, nous nous retrouvons avec les locaux à prendre le bus et à faire du stop. C’est assez folklorique : à la gare routière de Bizerte, pas de renseignements, pas d’horaires affichés. Il faut trouver quelqu’un qui 1. parle français, 2. sache que le bus pour Ichkeul est en fait celui de Menzel Bourghiba, 3. sache aussi qu’à Menzel Bourghiba il faudra en prendre un autre direction Mateur (vu qu’on a raté le bus direct pour Mateur) et 4.qu’il faudra descendre à l’embranchement deux km après la sortie de Menzel Bourghiba pour finir 4km à pied. Nous finissons par comprendre. Heureusement, une fois qu’on est dans le premier bus, le chauffeur est au courant de l’endroit où il va et des correspondances.

Au lac d’Ichkeul, agréable ballade et nous faisons la connaissance du fuligule milouin, sorte de colvert à tête rouge mais qui vient de Russie et pays voisins. Un soviétique attardé quoi. Malheureusement, nous avons déjà quelques km dans les pattes et oublié les jumelles, nous n’irons donc pas dans les petits chemins observer longuement les oiseaux. Dommage que Jérôme, sa passion et ses jumelles de compète ne soient pas là. Nous visitons par contre le vieillot musée du site, qui explique très bien le rôle de poumon écologique joué par Ichkeul. Il se remplit d’eau douce en hiver, alimenté par les oueds (rivières) de la région. Ces apports d’eau douce font de ce lac une des rares grandes réserves d’eau douce de Tunisie, avec une faune et une flore bien plus développées que dans d’autres lacs intérieurs tunisiens, ne bénéficiant pas de ses apports d’eau douce. En été, le lac devient plus salé avec la chaleur et les entrées d’eau de mer. Néanmoins, les barrages hydroélectriques et l’évolution du climat (l’hiver 07 est exceptionnellement doux et sec, ici comme en Europe du sud) menacent cette gigantesque aire de repos sur l’autoroute des migrations ailées. Les scientifiques veillent au grain. 

 

 

Tunis :

Après cinq jours passés à Bizerte, nous repartons en direction de Tunis. Un peu feignants, nous avons attendu que le vent tourne. Nous faisons les 20 premiers milles de la route sous spi. L’île Pilau, avant le Cap Farina, est assez jolie. En début d’après-midi, n’y tenant plus, je me mets torse nu : il fait chaud ! Après le Capo Farina, un joli cumulus passe derrière nous et nous envoie un peu de vent de nord. Cap au sud, nous renvoyons le spi. Le top ! Vers 18h30, nous sommes accueillis à Sidi Bou Saïd par Habib, employé du port d’une gentillesse énorme. 
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Il n’y a pas d’autre possibilité de port dans le golfe de Tunis. Comme nous désirons rester dans les parages pour quelques temps, nous restons à Sidi Bou Saïd. Ce joli port de plaisance, au pied du célèbre village, est aussi très cher. Le port est la seule chose aussi chère qu’en Europe, ici. Du port monte un escalier, essoufflant, qui mène au vieux village. Petites ruelles, murs blancs impeccables et portes et volets bleus, c’est très joli. C’est très touristique en saison mais en ce début février, seuls ou presque, nous nous régalons. Un peu plus loin se trouve la résidence présidentielle. De l’autre côté du port, il y a le palais présidentiel : nous voilà bien entourés ! Ces bâtiments publics sont surveillés de manière très visible, avec pandores en gants blancs et parfois baïonnette au canon. Quand on passe devant un ministère ou le palais présidentiel, il faut changer de trottoir : celui de la façade est interdit à la circulation.

Marion se rend à l’institut de la Rose, à Tunis, durant 10 jours. Cet institut privé accueille sans hébergement des enfants handicapés mentaux, toutes pathologies mélangées. Cette expérience est pour elle très enrichissante, sur le plan humain, surtout. En effet, elle souhaitait rentrer dans la société tunisienne plus que pratiquer son métier. Pourtant, son œil professionnel observe et elle me raconte le soir ce qu’elle a vu. Comme elle le remarque : « ils manquent parfois de professionnalisme. » En fait, les relations dans le centre sont très humaines, ce qui semble profiter aux enfants. La spontanéité et la sincérité priment : câlins et claques sont courants. Revers de la médaille, certains (moins aimés que d’autres ?) sont catalogués « sans espoir. » L’analyse de la pratique éducative se fait avec un psy qui emploie des méthodes étranges.

Après une période d’observation, les collègues de Marion se lient d’amitié avec elle. Marion les invite un samedi après-midi à bord et nous sortons naviguer une heure. Le vent est établi, la mer creuse, il faut deux ris et le foc pour être à l’aise. Mais Hanen, Iptissem et Madiha n’ont pas l’air impressionnées. Elles sont au contraire ravies et nous remercient abondamment. Ces trois jeunes femmes ont notre âge et comme elles ne sont pas mariées, vivent encore chez leurs parents. Timides avec moi (un homme, étranger de surcroît,) elles se livrent plus avec Marion.

Hanen nous met en contact avec un de ces voisins, Zied, qui vient passer deux après midi au bateau pour peindre les deux côtés de l’étrave du nom du bateau, en arabe. C’était un rêve de Marion. Quelle classe, en tout cas. Nous voilà tout fiers. Zied, âgé de 18 ans, passe le bac cette année et, Inch Allah, veut entrer aux Beaux arts l’an prochain. Il nous offre un de ses tableaux pour que nous le ramenions en France. Avec Zied, son pote Dramane et Hanen, nous passons d’agréables journées au bateau à confronter nos points de vue et à refaire le monde en mangeant le couscous préparé par la grand-mère de Dramane, ou tandis que Zied peint. 
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Selon le guide du Routard, 20% des Tunisiens habitent dans l’agglomération de Tunis. Selon des Tunisiens rencontrés, c’est plus de 30%. Sidi Bou Saïd est tout proche de Tunis. C’est la banlieue, quoi. Banlieue chic, faut il préciser. Tunis est une ville énorme, qui m’inspire la même réaction que Paris : « C’est par où la sortie ? Y’a pas de l’air frais ? » Mêmes citadins pressés, mêmes embouteillages avec les mêmes panneaux vantant la bonne qualité de l’air. (Un comble !) Mêmes magasins modernes qui annoncent en vitrine les soldes pour attirer le chaland. Tout cela n’est pas habituel pour moi, mais pas très exotique non plus ! Une chose est sûre, en tout cas : le « meilleur » de la civilisation occidentale est arrivé, et bien arrivé, en Tunisie : le coca cola, la dictature des marques (Nike, Levis, Dolce et Gabbana…), les sacs plastiques à disperser dans la nature, la star académy (version Maghreb, blurps…)

Voulant comprendre un peu le pays, j’essaie de lire la presse et d’écouter les infos à la radio. En fait, c’est inutile de faire les deux, ils disent la même chose, c’est la même propagande gouvernementale, mais beaucoup plus primaire qu’en Europe. C’est impressionnant, ici, il n’y a que le président qui travaille : tous les titres des infos ou presque commencent par la même phrase : « Le président Zinedine El Abidine Ben Ali (ou presque) a ordonné… » Peut-être est ce la vraie différence entre les vraies démocraties et les autres : dans les vraies démocraties, le président se contente de faire le guignol à l’étranger, dans les fausses, il prend toutes les décisions. Dans les fausses, aussi, il a des scores au top : plus de 99% aux dernières élections, contre seulement 80% pour Chirac en France.

 

Visite dans l’intérieur du pays :

Nous n’avons pas le temps ce printemps de descendre dans le désert : cela nous mangerait trop de temps pour la suite du voyage. Gardons nous cela pour l’automne. En attendant, nous partons quelques jours dans l’intérieur du pays. Une première halte nous emmène visiter les ruines de Dougga, site romain très bien conservé. Peu friands à priori de vieilles pierres, nous sommes épatés de voir les ruines si bien conservées. Ils étaient fous ces Romains de tant construire ! Mais le SMIC devait être moins élevé à l’époque, ceci doit expliquer cela. 
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Le lendemain, nous visitons el Kef, charmante bourgade un peu plus loin. La Casbah offre une vue épatante sur les environs, tout verts en cette saison. Au musée des arts et traditions populaires, nous laissons passer un orage et rencontrons un guide extra qui nous fait la visite et nous aide à comprendre un peu mieux la culture de son pays : différences entre culture berbère et arabe, mode de vie des bédouins, artisanat local, notions de religion (le bâtiment est un ancien lieu de culte soufi.)

Il ne reste aujourd’hui plus de bédouins vivant selon leur mode de vie ancestral : ils sont sédentarisés. Mais pendant très longtemps, ces bédouins ont joué un rôle très important en Tunisie, commerçant et travaillant en divers endroits. Leur périple annuel comprenait cinq migrations. Au printemps, ils partaient du sud ouest du pays, où ils passaient une partie de l’hiver à reconstituer leurs troupeaux de moutons pour aller vers el Kef où ils participaient à la récolte du blé (la région d’el Kef est une grande région agricole aujourd’hui encore.) A l’automne, ils se trouvaient dans le sud pour la récolte des dattes, puis remontaient dans le nord, dans le Cap Bon pour celle des oranges. Ensuite, ils redescendaient plus au sud vers le Sahel (c’est le bord de mer en côte est) pour la récolte des olives, au début de l’hiver. Retour ensuite dans l’intérieur pour s’occuper des moutons. Chaque clan, sorte de famille au sens large (vu la taille de la tente, on peut dire très large) voyageait avec armes, bagages, femmes, enfants, vieillards, moutons, dromadaires (pas de chameaux en Tunisie) et chevaux, les bédouins étant, paraît-il aussi, de farouches guerriers. 
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Le soir-même, nous arrivons à Kalaat Sinan, gros village à la frontière algérienne. Nous sommes invités dans la famille de Hanen, la collègue de Marion à Tunis, à rester le temps que nous voudrons ! Zakia, cousine de Hanen, nous accueille très gentiment et nous présente la famille : ses trois sœurs (l’aînée, mariée, est à Tajerouine) sa maman, deux cousins algériens qui apparemment vivent là (j’apprendrai le lendemain qu’Oussama a été donné à Zakia par sa maman, car il n’y avait pas d’enfant dans la maison) et le grand père. En fait, nous sommes chez le grand père, dans sa maison. Il a travaillé trente ans en France et fait vivre toute la famille grâce à sa retraite. Il nous montre la fiche de paie pour que nous comprenions. De mémoire, il gagne 700 ou 800 euros par mois. J’aimerais discuter avec lui, mémoire vivante de la France vu par un immigré. Mais il est sourd comme un pot. Je renonce donc.

Pendant ce temps, Zakia prépare le repas. Elle nous dresse dans la cuisine une table pour deux chargée de plats : soupe aux pâtes et à la viande, poulet frites, salade de légumes et orange en dessert. Tout est d’emblée sur la table, à la maghrébine. Ce repas de roi servi à part (eux mangeront plus tard, dit elle) nous gêne presque. Pas du tout la bonne franquette qui m’eût beaucoup moins étonné. Question de culture, peut-être : ici on accueille du mieux qu’on peut, alors que moi j’accueille (presque) comme tous les jours pour mettre à l’aise.

Après le repas, assis sur les matelas et les tapis, ça discute ferme. Les femmes de la maison sont là, les amies arrivent. Sorte de veillée. Pendant un bon moment, je suis le seul homme : le grand père a disparu, le père et le fils sont venus nous saluer puis sont partis aussi. La fraîcheur et la spontanéité de cette réunion féminine, les jeux avec les enfants, tout cela est enchanteur. Pourtant, je suis gêné, sensation de ne pas être à ma place. Les regards de certaines femmes me le font sentir. « Tu es un privilégié. » me glisse Marion. Arrivent bientôt deux voisins, fils d’une des femmes, qui se calent en retrait sur deux tabourets. A vue d’œil, ils sont jeunes, environs 15 ans. Je finis par aller discuter avec eux : Issa et Dib vont bientôt passer le bac, ils veulent ensuite faire des études d’informatique à el Kef, à environ 60 km de là. Pendant que nous discutons, que je leur explique un peu de notre voyage, les femmes, maintenant entre elles, se libèrent et se mettent à parler plus fort. Elles questionnent Marion et tout le monde se comprend entre français et arabe, certaines traduisant pour d’autres.

Le lendemain matin, je pars avec Rida, le frère de Zakia, Dib le voisin et Souad la petite sœur, visiter la table de Jugurta. C’est une sorte de montagne plate qui culmine à plus de 1200m d’altitude. De là, on a vue terrible sur toute la région. Alors que le reste du pays semble plutôt plat, on voit ici des pointes montagneuses dépasser de la croûte terrestre. J’imagine que cela constitue les prémices de l’Atlas, cette chaîne qui va jusqu’au Maroc d’est en ouest. Pendant ce temps, Marion est restée avec les femmes, elle apprend à faire le pain. C’est un pain à l’huile, très riche mais très bon.

Zakia assume les tâches ménagères pour les neuf personnes de la maisonnée, cela l’occupe en permanence. Elle y passe sa vie, souriante et tranquille. Toujours prévenante avec nous, nous l’apprécions tout de suite. J’admire son dévouement. S’il est normal ici que les hommes soient servis sur un plateau, Marion s’étonne que les sœurs ne mettent pas plus la main à la pâte. « Elles n’aiment pas ça, » lui répond Zakia.

La maison est construite en briques creuses rouges et en béton. Une cour intérieure est bordée des différentes pièces : le salon, qui est aussi la chambre des femmes, la cuisine, les toilettes. Un escalier mène à l’étage ou les hommes ont leurs chambres. Les toits sont plats, en terrasse. A l’intérieur, c’est le béton brut pour les sols, recouvert de tapis. Les murs sont peints. Le grand-père dort dans un réduit conduisant au garage. Côté rue est aussi installé le salon de coiffure de Hamal, autre sœur de Zakia.

Dans l’après midi, revenant d’une ballade avec Dib, nous tombons sur une belle réunion dans le salon. Je passe alors un long moment à discuter avec le peut-être futur mari de Hamal. Il est venu avec sa maman, qui, pendant qu’il me discute, négocie avec la maman de Hamal et ses sœurs : le promis ne veut pas offrir de bague de fiançailles, ce qui indigne la famille de la promise. Ca négocie ferme, on se croirait au souk, remarque Marion. Hamal, pendant ce temps, regarde la tété dans un coin de la pièce. C’est ainsi que se passent les mariages ici, surtout à la campagne : les familles négocient entre elles, les futurs attendent que l’on décide pour eux. Après le départ de son promis, Hamal dira à son grand père que non, elle n’en veut pas pour mari. Aura-t-elle gain de cause ? Je n’en suis pas sur.

Dans la soirée, Dib m’apprend à compter. Naturellement bon pédagogue, il me fait répéter, recommencer, prend le temps. J’acquiers le mécanisme. Normalement, je devrais pouvoir me débrouiller en Turquie au souk pour acheter mes fruits et légumes. Nous passons une deuxième nuit dans la maison et repartons pour Tunis par le bus de 8h du matin. Cette rencontre a été pour nous exceptionnelle, nous a énormément enrichis. Merci Zakia pour ton accueil. Rendez-vous est pris pour l’automne, nous devrions alors repasser par la Tunisie.

Dans le bus, je me remémore une conversation avec Zakia, qui, si elle envisage volontiers de venir nous voir en France, ne pourrait épouser un européen, même converti à l’Islam. Pour elle, un mari doit forcément être musulman de culture. Je me rappelle alors une phrase de Dramane (le pote de Zied qui lui aussi viendra sûrement nous voir en France : « la vie des Tunisiens, c’est comme en France. » (Il parait même qu’il y a des raves, mais j’en doute.) D’un certain point de vue, je le lui accorde. Mais tout de même, question religion et liberté individuelle, ça n’est pas pareil. Pour moi, le poids de la famille sur chaque individu est pour ainsi dire écrasant, et celui de la religion sur la famille étouffant.

 

 

Par mathieu et marion
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /Juin /2007 22:45

08/03/07, Derniers instants en Tunisie : 

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Au retour au bateau, nous comptions partir vite pour la Sicile. Pourtant, nous sommes encore à Tunis. L’électricité m’a soucié une semaine durant, ou presque. Zied Nasri, ingénieur électronicien qui travaille à la Goulette (port de Tunis) m’a fait profiter de ses connaissances et étoffé ainsi les miennes, gravement lacunaires. J’apprends ainsi qu’il est normal que le coupe-batterie des moins ouvert n’empêche pas d’avoir un peu de courant aux lampes du carré ! C’est la mise à la masse qui fait cela. Je re-câble sur ces conseils le tableau de fusibles, le chargeur et l’alternateur. J’éloigne aussi le bornier des moins du tableau de fusibles. Je gaine tous les gros câbles des plus pour éviter des fuites électriques. Normalement, cela devrait maintenant marcher au mieux. Il ne restera que le frigo pour m’occuper quand je m’ennuierai !

Nous avions fait grâce à Habib, employé du port dont j’ai parlé au début, la connaissance d’Augustin et Ivana, français demeurant à La Marsa. Lui a un bateau à moteur sur le port. Renseigné par Habib sur notre présence et le métier de Marion, il s’est présenté un soir. Il nous a embarqué chez lui pour que nous puissions voir sa femme. Eux sont des gens attachants, au parcours peu ordinaire : leur maison en France a longtemps été un lieu de vie, c'est-à-dire une famille d’accueil pour quelques enfants placés par le juge. Ils ont ensuite encadré des séjours de rupture au Maghreb et en Afrique noire. Les séjours de rupture sont des alternatives à la prison où un petit groupe de jeunes part avec des éducateurs dans un milieu radicalement différent pour quelques mois. La rencontre valait son pesant de cacahuètes. Tous deux ont fait des formations en PNL, en analyse transactionnelle, en coaching. Bref, des personnages intéressants. Seul bémol pour nous, la prière au début du repas, certes rigolote et chantée, mais prière tout de même.

Recroisés sur le quai de Sidi Bou Saïd après notre périple à l’intérieur du pays, ils nous invitent à nouveau. Hassouna, un de leurs amis tunisiens, ancien musulman converti au christianisme est présent. Il nous raconte l’histoire de sa conversion, le sens de son amour pour Dieu. Hassouna évoque avec sincérité le pourquoi et le comment de sa foi, chose intime. Dieu n’est qu’amour et bonté. La force de leur discours, c’est de rejeter la vision purement coercitive et reposant sur la peur des églises établies.

Pourtant, même si le discours est pour nous d’intérêt didactique, la rencontre est intense, profonde. En fait, ils parlent de ce que nous cherchons tous, à travers des voies différentes : le sens de nos existences, ce que Moitessier appelait l’Alliance, que eux appellent la Foi. Je n’y mets pas de nom mais y relie des choses : l’optimisme de Marion, mon humanisme malgré tout, ma confiance dans le fait d’essayer, seul moyen d’y arriver. La différence est que nous n’avons pas besoin du divin. La sincérité de ces gens est évidente, surtout celle d’Hassouna, même s’il ne s’est visiblement pas remis du coup de lumière de sa conversion.

Chez Augustin et Ivana, nous avons aussi rencontré Moufida. Elle prépare les repas. Moufida, nous raconte Augustin, est originaire de l’intérieur du pays. La semaine dernière, son frère l’a frappée, traîné par terre et arraché des cheveux, au point qu’Augustin a du l’emmener chez un médecin. Il paraît que c’est une pratique courante ici, de rudoyer un peu les femmes (ou les enfants,) dit Marion.

Rêvant d’une vie digne, Moufida rêve d’aller en France, mais le visa lui a déjà été refusé une première fois. Elle travaille dans trois maisons à La Marsa et gagne en tout 250 dinars par mois (un peu plus de 150 euros.) Les bons mois, c’est 300 dinars. Elle a fait une nouvelle demande de visa, mais qui risque fort de lui être refusée, car elle n’a pas de contrat de travail en France, ni de promesse d’embauche. Le prochain con de français qui me dit que la législation française n’est pas raciste, je l’envoie en Tunisie dans un charter : parce que Moufida, sans visa pour la France, elle n’en sortira jamais de sa condition de merde.

La tête dans mon circuit électrique, je n’ai pas vu le temps changer et se gâter. Nous avions la semaine dernière des conditions idéales pour traverser vers la Sicile, et la Lune avec nous. Maintenant, un mauvais coup de vent de nord s’annonce et d’ici que les éléments s’en soient remis, la lune sera au dernier quartier, voire nouvelle. Nous devrons donc faire le tour par Kelibia et Pantelleria, pour éviter les longues étapes de nuit sans lune. Ce sera sûrement très sympa, mais en attendant nous sommes bloqués au port quand nous souhaiterions avancer.

 

Par mathieu et marion
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /Juin /2007 22:46

30/03/07, Palermo :

Depuis Sidi Bou Saïd, nous avons progressé à pas de tortue. Peu de grandes distances, et surtout beaucoup de moteur, ce qui n’incite pas à naviguer ! En sortant de Sidi Bou Saïd, un chouette petit nord nord ouest nous emmenait vers le cap Bon. Mais les estomacs n’ont pas vraiment suivi, déshabitués qu’ils étaient : premier mal de mer pour Marion ! Nous avons donc fait escale dans un petit port de pêche, Sidi Daoud. Nous avons fait sensation. Tous ouvraient des yeux ronds, nous matant de loin, n’osant pas même engager la conversation. Encore une fois, nous étions dans la Tunisie profonde.
 

Le lendemain fut venté, plus de 25 nœuds par moments. Le contournement du cap Bon fut donc rapide et la descente vers Kelibia agréable, en devisant au portant. Le jour suivant, plus beaucoup de vent. Nous faisons la traversée vers Pantelleria principalement au moteur.L’accueil est plus que sympathique : la gardia costiera nous fait cadeau du port. Comme nous n’avons pas la monnaie, le boucher nous fait cadeau de la saucisse que nous achetions ; des pêcheurs qui viennent dormir quelques heures au port avant de repartir nous offrent du poisson, intrigués par l’inscription à notre étrave. On resterait bien quelques temps avec çà ! Surtout que l’endroit semble valoir carrément le coup. Mais nous sommes en retard sur le programme et un vieux rencontré sur le quai nous promet un coup de vent de nord pour après-demain. Nous repartons donc illico le lendemain pour la Sicile. Au moteur ! C’est tout de même plus long. En chemin, nous croisons, à 30 milles de la Sicile, des pêcheurs ancrés sur un haut fond à 14m. Cela nous donne l’occasion de recaler notre estime et de prendre une photo insolite : celle de ses bateaux mouillés au milieu de nulle part ! Du côté de notre ligne de pêche, calme plat également, malgré les détours pour passer sur des hauts fonds, rien ne mord. Y’a un truc qui ne va pas.

 


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Par mathieu et marion
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /Juin /2007 22:50

12/04/07, Isola Lipari :

Le temps est de plus en plus dense, ces temps-ci, les journées parfois trop courtes. Cela me rappelle le rythme de la transat : le temps que l’on prend, farouchement, à bras le corps, le temps qu’il faudrait étirer, parce qu’à tant en profiter, il passe tout seul. Nous achevons notre visite des îles Eoliennes et nous préparons à repartir pour de nouveaux cieux. Nous aurons vécu tant de bonnes choses dans cette Sicile que pourtant nous n’aurons qu’effleurée !

Nous avons atterri à Mazzarra del Vallo, important port de pêche. Le lendemain, nous faisions route sur Marsala, une quinzaine de milles au nord ouest. C’était samedi soir, nous avons donc cherché, une fois l’approvisionnement refait, un endroit sympa. Les jeunes interrogés nous ont pris pour des vieux quand on leur a demandé un concert de rock and roll. Ils avaient certes 10 ans de moins que nous, mais bon. Je serais toujours le vieux de quelqu’un, à partir de maintenant. Nous avons finalement trouvé un rade tenu par un couple très sympa.

Leurs clients étaient, du moins jusqu’à un certain degré, plus guindés. Il faut dire que le samedi soir, ça a l’air important, pour eux. S’ils n’ont pas tous la classe innée, leurs tenues témoignent pour tous, sans exception, d’une recherche d’élégance poussée à un degré rarement observé chez nous. Les porto-vecchiaises, à côté, sont des campagnardes finies. Les Ajacciennes, à la rigueur, supporteraient la comparaison. Un pianiste et un gratteux assuraient l’ambiance musicale. Mais ces Siciliens, pensant surtout à se montrer, ont à peine remarqué la qualité des solis de ces deux artistes. Tant pis pour eux. Moi je me suis régalé car cela me changeait de mes accords solitaires dans le bateau. Le rhum était très vieux et bon comme du petit lait.

 

Favignana :
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Le lendemain, journée tranquille. Puis nous partons le lundi pour Favignana, principale île de l’archipel des Egadi, dernières terres à la pointe ouest de la Sicile. Nous profitons d’un sud ouest assez pêchu, qui annonce la baston qui vient. Nous visitons Cala Rossa, au nord-est de l’île, qui ressemble un peu à certaines cala corses, mais avec les falaises d’Etretat autour. Nous entrons ensuite dans le port de l’île, s’amarrer près de la vedette de la polizia penitenziara. Ce petit port, décrit par nos amis Yann et Marie qui y sont passés l’an dernier au printemps, est charmant. Des petites barques de pêche pleines de couleurs l’encombrent. La journée y est rythmée par les arrivées et départs des ferries et aliscafos (sortes de NGV sur foils) qui font la liaison avec la terre. Plus tard dans la semaine, quand le coup de vent empêchera ces liaisons, nous comprendrons toute l’importance de ces bateaux pour les Favignanais. 
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Le soir, nous allons manger une pizza cotta a legno (cuite au feu de bois) dans une pizzeria choisie pour le drapeau « Pace » qui l’orne. C’est le drapeau multicolore que les Italiens un peu moins cons que leur gouvernement ont mis à leur fenêtre quand l’Italie est allée faire la guerre en Irak. Salvatore, le pizzaïolo, est ravi de voir des Français. Sa copine, Sandrine, est française. Elle venait passer toutes ses vacances d’été depuis toute petite chez ses grands-parents, à Favignana, et s’est installée ici par amour de son pizzaïolo. Nous voilà à discuter en franco-italien, avec les mains pour aider, Sandrine traduisant beaucoup.

Une fois la pizzeria fermée, ils viennent à bord du bateau. Notre voyage les intéresse, ils ont le même genre de projet pour plus tard. Surtout, Salvatore nous présentera son île mieux que personne. Son oncle tient le meilleur (?) restaurant de l’île, son père et son autre oncle une boulangerie. Lui a choisi lui aussi de travailler la pâte à pain et s’est installé à son compte. Toute sa vie est sur cette île, il ne se voit pas vivre ailleurs, même s’il a eu l’occasion de voir le monde lors de son service militaire, effectué dans la marine. Il nous raconte cela dans la fumée de son joint, qui nous fait tourner la tête à tous.

Le lendemain, le coup de vent est là : restons donc au port ! Nous continuons de visiter la ville, tranquille et charmante. Le soir, au bar, nous faisons plus ample connaissance avec les deux occupants du voilier amarré derrière nous. Dion et Noël sont néerlandais, ils boivent de la bière comme d’autres de l’eau. Ils sont aussi très sympas et, comme nous, bloqués au port par la météo. Comme aucune amélioration n’est prévue pour le lendemain, j’arrête l’eau pour la bière et les langues se délient. Dion se dit débutant en voile, il n’en fait que depuis deux ans. Il a acheté son voilier de 9m dans l’intention de se rendre avec jusqu’en Inde. L’an dernier, il est venu de Marseille jusqu’ici avec chaque semaine des potes différents. Actuellement, le voilier est basé à Marsala (Sicile). Noël, novice complet, effectue la première semaine de voile de sa vie. L’automne prochain, Dion repartira vers l’Inde. Sans doute nous recroiserons nous en Italie du sud. Nous parlons de notre voyage, de notre expérience en Tunisie. La conversation se fait en anglais, qu’ils parlent tous deux très bien.

Le mercredi, nous partons, en ciré complet, à la découverte de l’île sur un sccoter de location. Entre les grains, nous voyons les calas qui doivent être très agréables lorsqu’il fait beau. Mais là, pour en profiter ce jour là, il faudrait plutôt une planche de surf ! L’île Marettimo, la plus à l’ouest de l’archipel, nous nargue, inaccessible, loin au vent. Nous visitons aussi d’immense grottes artificielles, créées lors de l’extraction du « tufo » (je ne sais exactement la traduction en français), cette pierre friable qui durcit lorsqu’on la mouille, est très employée en construction. Le tufo de Favignana est le meilleur, parait il. Il s’est autrefois (dès l’époque romaine) exporté jusqu’en Tunisie. Ces grottes sont immenses, les volumes retirés sont énormes. Elles ont longtemps servi d’abri contre les envahisseurs de tous poils, qui de tous temps, ont lorgné sur l’île (pensez donc : même les normands sont passés par là !) Salvatore nous montrera ce qu’il appelle une « cave », sorte de trou de 30m de profondeur par 60m de côté qui occupe le jardin de ses parents. Cette cave est aussi le fruit de l’extraction du tufo. Très impressionnant. Cette journée en scooter nous fait bien rire, malgré un accrochage avec une camionnette qui nous a reculé dessus. Pas vraiment de dégâts et le loueur n’est pas trop stressé, il est plutôt cool. Mais il a les yeux vraiment éclatés : qu’est ce qu’il prend ?
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Le jeudi, pas d’amélioration du temps. Même le traghetto (ferry) ne passe plus. Liliana, autre rencontre îlienne, est catastrophée : sa fille doit partir en voyage scolaire depuis Trapani (la ville en face sur la côte) demain. Elle risque de ne pouvoir partir. Nous continuons, tout en discutant avec Dion et Noël, à boire des bières à un rythme hollandais. Noël déprime un peu : non content de ne pas pouvoir naviguer de la semaine, il commence à avoir envie d’une douche ! Comme le bar fait aussi point internet, nous envoyons moult mails à plein de gens. Je bricole aussi des petits trucs sur le bateau : c’est les vacances.

Le vendredi, le vent tourne au nord nord-ouest, soit juste dans l’axe de l’entrée du port. Des vagues bien creuses commencent à déferler sur la largeur de l’anse. Le problème, c’est qu’avec le vent et la mer dans cette direction, l’abri est un peu précaire : il n’y a qu’un quai d’1,5m de haut entre nous et les vagues ! Vers 20h, les crêtes des plus hautes commencent à passer par-dessus le quai et viennent arroser les deux voiliers. Je cours chercher Dion attablé au restau et nous décalons les deux bateaux de quelques mètres afin de mieux les protéger du ressac qui contourne le quai. Je double toutes mes amarres, utilisant même mes écoutes de foc. Le vent est très fort, sans doute 35 nœuds établis, plus les rafales. Les vagues déferlent en longeant l’autre côté du quai, à 3m du bateau. Leur crête vient régulièrement asperger le pont. Certes, le quai ne va pas partir en morceaux, la situation est plus impressionnante que dangereuse. Tout de même, je reste à veiller presque toute la nuit, sortant régulièrement retendre les amarres et en remplacer une qui a lâché, fatiguée de tant endurer. Comme dans les films, le vent ne se calme qu’au petit matin, nous laissant enfin dormir. Ouf ! 
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Je savais bien, en venant à Favignana, que l’abri était moyen avec du nord fort. Heureusement, nous étions amarrés à un des endroits les mieux abrités du port. Mais si le vent était monté de deux beaufort de plus, les vagues seraient sans doute passées franchement par-dessus le quai et alors cela devenait dangereux. Faut il pour autant rester terré dans une marina hyper abritée à la moindre annonce de coup de vent ? Pas très réjouissant.

Remis de nos émotions, nous nous préparons à un nouveau samedi soir : ce n’est pas parce que les copains de Corse sont loin qu’on va se laisser abattre ! Vers 20h, l’Albatros, le bar branché de Favignana, déborde de monde. Toutes nos rencontres de la semaine sont là, tous les autres aussi semble t’il. Tout le monde est sur son 31, surtout les filles. L’ambiance s’échauffe doucement, le contact se fait avec les jeunes du pays. Dion discute en anglais avec des îliens, une ado plus dégourdie que les autres explique à Marion qu’elle apprend le français à l’école et teste avec elle les quelques phrases qu’elle connaît. Vers minuit, nous partons avec Salvatore et Sandrine à la fête. Nous déboulons dans une cave de tufo où une soixantaine de personnes s’agitent sur des rythmes techno à fond la caisse. (D’accord, ça ne vaut pas mon pote Julien, mais bon, c’est pas mal.) Rave party à Favignana : qui l’eut cru ? Le détail rigolo, c’est que tous se connaissent, on est bien sur une île. Il y a même notre pote le loueur de scooters, les yeux encore plus éclatés que d’habitude. Hihi !

Une bonne grasse matinée pour nous remettre, et voilà le beau temps revenu. Il fait beau comme tout. Nous partons grimper la montagnette de l’île avec Salvatore et Sandrine. Nous nous régalons : la vue sur les alentours est superbe, Sara tout petit en bas à nos pieds. Nous respirons les odeurs des fleurs. Cette nuit nous sommes passés à l’heure d’été, nous sommes sur la bonne pente, celle de la bonne saison. 
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En redescendant, nous décidons de larguer les amarres pour aller voir l’île de Levanzo, juste en face (3 milles.) Il est temps de dire au revoir à nos amis et de les remercier pour la générosité de leur accueil. Une heure de voile nous amène dans le porticciolo de Levanzo où, pour la première fois, nous mouillons une ancre pour venir cul à quai. Il nous faut nous habituer à cette méthode, nouvelle pour nous, car nous allons devoir l’utiliser de nombreuses fois par la suite. 
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Nous serions bien restés nouer des contacts avec les gens de cette île, profiter de leur tranquillité et du temps qui passe. Le site est magnifique, le bassin du port une véritable piscine. Mais nous voulons avancer, aussi levons nous l’ancre dès 7h du matin, au soleil levant, direction Isola Ustica.

 

Le nord de la Sicile :

Las ! Malgré mes tentatives d’analyse météo et le bulletin du canal 68 laissant espérer une journée à fond sous spi, le vent n’est pas au rendez-vous. Lassés par le ron-ron du moteur, nous nous arrêtons après un tiers de la route, à la mi-journée, à San Vito lo Capo. Cette matinée au moteur fut toutefois bien remplie : des dauphins communs, surpris dans leur chasse, nous accompagnent un moment. Plus tard, Marion accomplit le geste tant attendu : elle jette le tabac de ses dernières cigarettes à l’eau. Sara est désormais un bateau non fumeur ! Comme pour l’encourager dans cette voie, une tortue qui passait par là vient nous faire un coucou. Marion est ravie, sa nouvelle vie de non fumeuse commence on ne peut mieux.

San Vito lo Capo marque le début de la côte nord de la Sicile, orientée est-ouest. Les montagnes se jettent dans la mer, c’est très beau sous le soleil de cette fin mars. Le lendemain n’est pas non plus très favorable pour aller vers Ustica : nord 2/3 prévu. Tant pis, nous irons plus tard, depuis Palerme, cap au nord nord ouest plutôt que nord est depuis San Vito lo Capo. En attendant, la journée se passe à 3 nœuds au petit largue sous spi, cap vers Palerme, où nous arrivons à la nuit tombée, après une journée de croisière ma foi bien agréable dans cette quasi pétole ensoleillée. Il fait beau, la croisière s’amuse, tout le monde il est content. 
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Palerme est une grande ville, pleine de gaz d’échappements et de feux rouges. Le premier jour, je déniche chez un ferronnier une plaque d’inox pour installer une contreplaque à la cadène de l’étai largable et arrêter de soulever le pont quand nous sommes sous foc dans la brise. Cela me prend une bonne part de la journée, le plus long étant de percer les deux trous de la cadène au diamètre 8 dans de l’inox de 4mm de diamètre avec ma perceuse sans fil. Je fais un boucan d’enfer sur le ponton pendant toute la sieste, mais personne ne semble m’en vouloir. Malheureusement, la batterie de la perceuse me lâche un poil avant de finir mon second trou. Sur le conseil d’un gars du port, je rends visite à un petit vieux qui tient une échoppe de je ne sais quoi au bord de la grand-route : il a une perceuse à colonne de près de 2m de haut. Evidemment, la fin du boulot lui prend environ 20s, quand j’y avais déjà passé 2h. Quand j’aurais un vrai atelier à moi, je veux la même perceuse à colonne…

Pendant ce temps, Marion a fait un tour dans la ville et trouvé un supermarché : elle fait le plein de courses. Ca n’est pas si facile, les courses, quand on est en bateau. Les supermarchés de taille sont souvent très loin, à pied, des ports de plaisance. L’idée de départ est que l’intendance ne doit pas être un frein à l’autonomie : on loupe parfois un bord fantastique au portant pour attendre l’ouverture des magasins. Ceux-ci sont en effet souvent fermés au moment crucial : le dimanche, ou pendant la sieste (de 13 à 16h, parfois plus.) Il faut donc saisir toute occasion intéressante de refaire des stocks. En pratique, il manque toujours un truc : une fois c’est les bouteilles de gaz qui sont toutes vides, la suivante, il n’y a plus de lait, de gazole… L’intendance, c’est un peu le nerf de la guerre. Ca me rappelle un peu la vie sur les sites des Glénans.

Nous nous étions installés dans le port au centre de la ville. Mais il est trop cher à notre goût (24 euros) et bruyant : une avenue passe au bout du quai. Aussi déménageons nous le soir même dans la marina au nord de la ville. A peine moins cher, beaucoup plus calme, mais excentré complet. On ne peut pas tout avoir. Nous en ferons l’expérience lorsque nous voudrons revenir au centre ville, le lendemain soir, dans un cyber café repéré par Marion : il nous faudra une heure à pied et sous la pluie.

Le jour suivant, le bulletin nous annonce du sud est 4 virant ensuite à l’ouest : parfait pour monter comme des flèches à Ustica et y rester ensuite (le port est bien abrité de l’ouest.) Mais une fois sortis du port, nous ne trouvons que 15 nœuds de nord-ouest qui mollissent rapidement. J’en ai ma claque du moteur : tant pis pour Ustica, et retour à la marina de Palerme. Nous n’aurons plus le temps d’attendre des conditions favorables pour Ustica, un coup de vent d’ouest de 2 jours est annoncé. Et puis nous avons rendez-vous avec Maman et Jérôme, avec qui nous aimerions visiter les Eoliennes ensemble, dans quelques jours. Il nous faut donc nous dépêcher. Tant pis pour Ustica.

En attendant et puisque nous sommes bloqués, ne perdons pas notre temps. Un frigoriste vient le jour suivant à bord pour s’occuper de Mr Frigo, gros consommateur d’ampères malgré mes attentions. En Tunisie, j’avais réisolé à grands coups de mousse PU le dessus du coffre. J’avais aussi fabriqué des petites étagères en polyéthylène (vendu en plaque, couleur blanche, se lave à l’éponge, le top) pour favoriser la circulation d’air froid entre les aliments. Cela n’a manifestement pas suffi. Le réparateur diagnostique un manque de gaz et fait le complément. Effectivement, la pression de gaz était à la moitié de la normale. Mais bon, au tarif où il travaille, cela fait cher le yaourt frais ! D’autant que, même avec le plein de gaz, le frigo consomme encore beaucoup. Il eut été plus simple et moins coûteux de le débarquer purement et simplement, ce frigo, mais bon. C’est fait, ne pleurons pas.

L’étape Palerme / Cefallu, une trentaine de milles, est avalée sous spi en 4h30, au grand largue. Voilà la navigation comme on l’aime ! En plus, le courant était avec nous. Ne nous plaignons pas, nous sommes gâtés. Mais tout de même, j’ai des soupçons sur la fiabilité du loch (le truc qui enregistre la distance parcourue) : des fois il est d’accord avec moi, dès fois il est grave en retard. Et il me semble bien que le courant n’explique pas tout. Il faudrait sans doute le réétalonner. 
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Devant le port de Cefalu, nous tombons sur une flottille de pêcheurs très dense qui nous barre l’entrée du port. Heureusement, l’un d’entre eux nous guide pour éviter les filets qui encombrent le passage. C’est le début de la saison de la pêche au thon, il va nous falloir faire spécialement attention à partir de maintenant. D’autant que les madragues, immenses filets installés pour l’occasion à partir de la côte, s’étendent parfois jusqu’à un mille au large. Théoriquement, ils sont balisés, mais en pratique, rien n’est moins sur.

Une fois au port, nous descendons à terre visiter les lieux : heureuse surprise, le site est charmant. Ce petit bourg aux ruelles dallées de pierre volcanique est très touristique. Heureusement, nous sommes hors saison. En cette fin d’après-midi, nous nous régalons de la ballade. Heureusement que nous n’avons pas le routard de la Sicile, nous disons nous, la découverte n’en est que plus sympathique.

Le 2 avril, une bonne journée de louvoyage nous emmène à Capo Orlando, où nous arrivons à la tombée du jour. Nous manquons nous échouer sur le banc de sable de l’entrée, le grand chef, trop sur de lui, refusant d’écouter l’équipage, qui pourtant, trouvait louche de passer à tribord d’une bouée verte… Mais le grand chef, voyant le sondeur remonter, finit par percuter que quelque chose de louche se passe. L’accident est évité, de peu.

Ce port, si l’on peut dire ainsi, est une aberration : il est complètement ouvert à l’est, car la digue qui devrait porter la marque d’entrée bâbord… manque. Tout simplement. Du coup, la houle entre librement. Le léger remous de ce soir là nous ballote toute la nuit. Quand c’est agité, on pourrait sûrement faire du surf. D’autre part, le port a été construit dans la seule anse du coin où les fonds sont réduits pour cause d’ensablement. Il est donc complètement ensablé et serait impraticable si l’on ne ménageait pas un chenal régulièrement (d’où la bouée verte sus citée.) Quel est donc le technocrate qui a conçu ce port, me demandai-je le lendemain matin en sortant du port ? Il faudrait lui faire rembourser ne serait ce qu’un peu de ce que cela doit coûter aux contribuables locaux…

 

Les Eoliennes : 
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Le 03 avril, nous croisons, au moteur des dauphins, qui viennent jouer avec nous et font notre joie. Cela nous occupe le temps d’arriver au Capo Calava. Là, le vent se lève, direct dans le nez, et nous donne l’occasion de réviser nos chronos de réduction de voilure. Nous nous retrouvons, passé Capo Tindari, sous foc et deux ris et encore, nous sommes surtoilés dans les claques. Il fait pourtant grand beau, ce temps ressemble un peu à la tramontane de notre cher étang de Thau, ça décoiffe ! Nous arrivons finalement vers 15h00 à Porto Rosa, marina moderne très protégée, où Maman et Jérôme doivent nous rejoindre. (Jérôme, c’est un peu mon tonton et aussi le mec de Maman.)

Grand ménage, rangement pour faire de la place, courses… Et les voilà, le lendemain après-midi. La vie à bord s’avère tout de suite rigolote, entre la valise qu’ils ont tenu à emporter, les vannes des toilettes qu’il leur faut apprendre à ouvrir, refermer. Surtout, le faible espace du bateau impose de sans cesse déranger pour re-ranger… Heureusement, ils sont de bonne composition. Nous commençons la croisière par une journée au port, la météo n’incitant guère à plus. Le lendemain, nous tentons un départ vers Isola Lipari, mais les conditions météo observées donnent raison au bulletin météo, qui prévoyait encore de l’air et de la mer. Demi-tour et retour au port. Nous visitons l’après-midi, histoire de remettre les estomacs à l’endroit, le site romain de Tindari. Son théâtre, d’une acoustique étonnamment efficace, nous épate : des gradins du haut, on entend distinctement ce que disent les acteurs dans la fosse. Un guide d’un voyage organisé nous demande même de parler en bas pour que ses clients puissent se rendre compte par eux-mêmes.

Le 06 avril, nous arrivons enfin à Isola Lipari, où nous mouillons à Marina Corta, cul à quai. Ce petit port de pêche, tout mignon, serait parfait s’il n’y avait pas les vagues des Aliscafos et des ferries qui nous secouent régulièrement comme des pruniers. La ville est charmante, la gentillesse des gens réelle. J’en ris, me rendant compte que je suis encore marqué par la froideur de certains corses. Et oui, dans beaucoup d’endroits, on est contents d’accueillir le visiteur et pas seulement pour son porte-monnaie. Un vieux guide, passionné de son île, insiste pour nous faire la visite d’une expo sur une grande dame qui a beaucoup fait pour le développement des Eoliennes. Il est très gentil mais j’ai bien du mal à comprendre sons accent sicilien et son débit hyper rapide. 
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Le soir, pizzeria obligée : le réchaud a failli enflammer le bateau. Sans la prompte réaction de Marion, qui a étouffé les flammes en deux coups de cuiller à pot, ça aurait pu se finir plus mal. C’est le détendeur de la bouteille de gaz qui a décidé de ne plus détendre du tout et nous envoie une pression énorme dans le réchaud. Remis de notre frayeur, nous passerons, Jérôme et moi, toute la matinée du lendemain à chercher dans tout Lipari l’introuvable : des brûleurs neufs pour un réchaud qui n’est plus fabriqué depuis peut-être 15 ou 20 ans. Car les notres sont rouillés et fatigués par tant d’années de bons et loyaux services. Je les avais, l’an dernier, jugés bons pour le service. Un peu hâtivement.

Nous louons ensuite deux scooters pour faire le tour de l’île. L’après-midi se passe donc agréablement, si ce n’est pour Maman qui a quelques frayeurs. Les paysages sont jolis, la vue sur les autres îles mérite souvent le détour. On a beau le savoir, c’est étrange comme ces îles montagneuses tombent dans la mer, sans jamais de plaine littorale. Nous partons ensuite dans la pétole pour aller, à 3 milles de là, mouiller à Vulcano, en face d’une plage de sable noir. Nous sommes au pied du volcan, qui fume en permanence.

Nous y grimpons le jour suivant (1h30) et ne sommes pas déçus par le spectacle de ces fumerolles, qui sur le bord du cratère, font l’effet d’une soupape de cocotte-minute. Nous avons entendu un guide expliquer qu’il existe deux types de volcans : ceux qui sont en éruption continuelle, avec coulées de lave. Ce sont les plus impressionnants. C’est le cas du Stromboli, que nous irons voir plus tard s’il fait toujours beau. Les autres, comme celui-là, sont de type explosif : après l’éruption, le volcan se calme, un couvercle dur se forme à la surface. Et lorsque l’envie d’une éruption le reprend, il y a ce couvercle qui empêche l’éruption. D’où ce côté explosif. Ca n’est pas très rassurant, mais celui-ci est, parait il, en sommeil.
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Les fumerolles dégagent une odeur d’œufs pourris très forte et me font penser à l’odeur des gaz lacrymogènes. Elles contiennent en fait du soufre, qui se dépose autour avec des nuances de jaune magnifiques. Le spectacle est fascinant. Nous faisons ensuite le tour du cratère, dont les dimensions imposent le respect. Vu d’en haut, Sara est tout petit, tout petit.

En fin d’après-midi, nous repartons direction Isola Salina et admirons au passage les Formiche, cailloux plantés dans l’eau qui me rappellent les Tas de Pois, au bout de la presqu’île de Crozon (Bretagne). J’y étais passé en Nautile, sous spi, lors d’un stage 4i, à l’âge de 17 ans !

Le temps se maintient au grand beau, version mer d’huile. Aussi partons nous le lendemain pour Stromboli. Nous y mouillons au milieu de nulle part. En effet, sur cette île volcan tombant dans la mer, pas de port ni même d’anse naturelle. Le seul endroit pour mouiller est une langue de sable, bien petite, à la pointe nord est de l’île. Heureusement, il n’y a pas un souffle d’air, mais tout de même une petite ondulation de la mer, qui, disons, berce généreusement notre sommeil. Ca me fait drôle de mouiller dans ces conditions, mais puisque la météo dit que c’est pétole assurée, laissons SARA là pour aller voir le volcan de plus près.

Stromboli est un volcan en perpétuelle éruption, avec coulée de lave permanente et éruptions magnifiques de nuit. De quoi se prendre pour Haroun Tazieff. Mais depuis quelques mois, il boude. Il fait une petite colère de temps en temps, et silence radio entre deux, nous explique une guide de l’île. Ce comportement anormal, outre qu’il met à mal l’économie de l’île, fondée sur le spectacle du volcan, inquiète tout le monde : tout cela risque de se finir par une grosse colère !

Il est donc interdit de monter au sommet du volcan. On peut toutefois approcher la coulée de lave par le côté, à mi hauteur du cratère. Une fois au point de vue, je me dis que même une petite colère de ce monstre, c’est assez balèze. Nous avons devant nous la coulée de lave de la dernière explosion, il y a trois semaines. Elle fait peut être trois cent mètres de large et six cent mètres de long, jusqu’à pénétrer dans la mer où elle fume encore. Glurps. Tout cela me fait penser au film Le seigneur des anneaux, quand Frodon et Sam sont sur la montagne de feu, à la fin. De temps en temps, le volcan lâche un gros nuage de fumée grise/marron très dense. Quel spectacle. J’ai souvent l’air blazé, mais là c’est assez fort. Je suis sûr qu’à Eurodisney ils ne font pas aussi bien. Mieux vaut venir enrichir les gentils siciliens que le grand capital américain !

Nous pique-niquons sur le flanc de la montagne, sous une pluie de poussière noire très fine et rentrons ensuite vers le bateau en nous baladant tranquillement. Cette poussière fine a sali tout le pont. En bateau cette fois, nous passons par le côté nord de l’île, pour admirer la coulée de lave par le nord. C’est encore plus balèze de la mer, avec la contre-plongée. Je suis tout petit ! Cap ensuite sur Salina, ou Jérôme et Maman doivent nous quitter. La semaine est passée à toute vitesse, elle est déjà finie. 
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Le retour se fait au moteur, toujours faute de vent. Comme à l’aller, nous croisons de nombreuses fois des dauphins qui sont manifestement en chasse (du moins je le crois.) Certaines fois, ils viennent jouer avec nous. Nous sommes enthousiasmés et heureux de partager le spectacle avec Maman et Jérôme. La nuit tombée, les dauphins reviennent nous offrir le spectacle de leurs corps éclairés par le plancton phosphorescent, jouant avec l’étrave. Je n’avais pas souvent eu le privilège d’assister à cela. Nous avons ensuite le loisir d’admirer les îles dans la nuit, avec les seules lumières des villes. La semaine se termine en beauté. Merci les Eoliennes. Merci les dauphins. Et merci la météo pour la semaine exceptionnellement calme qui nous a permis de profiter de cet archipel superbe. Nous avons eu de la chance. Maman et Jérome repartent le lendemain avec plein de chouettes souvenirs. Nous les quittons un peu tristes, mais le voyage va continuer.

 

Par mathieu et marion
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 21:53

03/05/07, Santa Maria di Leuca, le talon de la botte :

Décidément, le temps passe et je ne parviens pas à rattraper le retard que j’ai pris au début. Nous voilà presque en Grèce et j’en suis encore à raconter nos aventures siciliennes :

Après le départ de Jérôme et Maman, il nous faut quelques jours pour retrouver le rythme de la vie à bord et nos petites habitudes. Mine de rien, j’ai vécu cette semaine tellement intensément que j’en fut tout dévarié. Nous restons quelques temps dans l’archipel, à Lipari, à profiter de l’ambiance de l’île et de la gentillesse des gens. Nous laissons ainsi passer un petit coup de sirocco. C’est rigolo de voir tous les bateaux de pêche des environs se réfugier dans le Porto Pignatoro. Ce port est un peu agité par ce temps, mais cela n’affecte en rien la tranquillité des gens. 
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Le samedi soir, nous nous retrouvons à l’heure de l’apéro au bar central de la rue principale. Le tout Lipari est là, manifestement. A la table d’à côté, le responsable du port est là avec ses amis. Comme ailleurs, le samedi soir est ici une chose importante. Plus tard dans la soirée, nous goûtons un délicieux vin blanc local dans le pub sur la place de Marina Corta, celui là même qui nous avait empêché de dormir notre premier soir à Lipari. Un concert typiquement italien anime la soirée. Quelque peu éméché, je discute ensuite avec des jeunes du cru, dont le serveur de la pizzeria où nous sommes allés avec Maman et Jérome. Son pote nous file un peu d’herbe, cool. Nous terminons ensuite la soirée dans la boite du coin. En été, cela doit être l’horreur, plein de gens occupés à se montrer, mais là, c’est super cool, il n’y a que les locaux.

Le temps se calmant, nous finissons par repartir. Nous n’allons pas à Messine directement, je veux d’abord trouver les horaires du courant dans le détroit. Les gardes côtes de Lipari ne savaient pas qu’il y avait du courant dans le détroit de Messine. En fait, ceux de Milazzo, où nous nous arrêtons pour une nuit, ne sont pas au courant non plus, sans jeu de mot. Nous avons payé 40 euros de port pour ne même pas avoir l’information, arrgh ! Nous repartons, un peu gonflés, vers le détroit le lendemain. Nous le passerons sans vent, contre un peu de courant, rien de bien terrible : moins de deux nœuds. Mais la marina del Nettuno, à Messine est telle que nous l’avaient décrite Yann et Marie : 40 euros la nuit (pour un bateau de moins de 8m !) et branlante à souhait. Révoltant, d’autant que nous avions l’espoir, rapidement déçu, de trouver des brûleurs de rechange pour notre réchaud.
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Nous repartons donc fissa le lendemain vers Roccella Ionicca. Après quelques heures au moteur, nous enchaînons avec quelques heures au louvoyage pour passer Capo dell Armi (sortie de l’entonnoir de Messine) dans un 4 beaufort avec de belles vagues, pas trop courtes mais bien creuses. Il est déjà 13h, nous déjeunons de Bolino, seule la bouillotte est d’accord pour tenir sur le réchaud. Le cap Spartivento et sa mauvaise réputation sont à 15 milles devant, derrière il restera 25 ou 30 milles… Ca risque d’être long, cette affaire ! Pis, il n’y a plus de Bolino ni de pâtes chinoises (introuvables en Italie jusqu’ici.) En effet, qui dit petit bateau dit journées au près agitées. Donc, rapidement, on ne peut plus se servir que de la seule bouilloire, la cocotte minute étant trop haut perchée pour les serre-casseroles de ce réchaud. Quant à utiliser une casserole ouverte, les bonds de Sara sur les vagues suffisent à nous en dissuader.

Mais, comme souvent en Méditerranée, les données météo évoluent très vite. Le temps de finir les Bolino, le vent tombe totalement. A redémarrer le moteur. Tout l’après-midi se passe ainsi. Au passage du cap Spartivento, nous manquons nous échouer pour cause de nav mal préparée : le cap est entouré de bancs de sable qu’il faut contourner de loin. En me levant de ma sieste, je vois le sondeur afficher 10m, ce qui finit de me réveiller dans l’instant. Je nous croyais par 100m ou plus !

Une fois Spartivento paré, le vent revient tout doucement dans le bon sens et nous offre quelques bonnes heures de spi pour avancer vite et bien sur la route directe. Nous finissons cette étape tout en douceur, avec les senteurs de la terre. Le vent est off-shore, diraient les plancheux.

A Rocella Ionicca, le port est géré par la gardia costiera, les 5 premiers jours sont gratuits. Décidés à en profiter, nous nous reposons et tentons de joindre un mécano, qui nous fera attendre sans venir. Un coup de vent nous bloque, des rouleaux déferlant devant le port dissuadant toute tentative de sortie. Le lendemain de notre arrivée, un fifty s’est amarré sur la même panne que nous. Bernard et Dany ont environ 70 ans, ils ramènent en ce moment leur bateau de Grèce vers la Tunisie. Ils partagent leur temps entre le Dijonnais, où ils ont longtemps résidé, la Corse (ils possèdent un bout de terrain à Cargèse) et leur bateau. Ils prennent le temps de vivre, sereinement. Nous apprécions les discussions avec eux. Autour d’un ouzo (apéritif grec), à l’apéro, ils nous donnent moult conseils pour la Grèce et confirment les idées que je m’étais faites sur pas mal de points, notamment sur les mouillages perpendiculaire au quai. La rencontre est agréable, enrichissante. Comme nous l’écrit Dany, « chassé croisé de générations, chassé croisé de projets. »

Un soir, Marion va demander à un pêcheur qui rentre s’il est possible d’acheter du poisson. Celui-ci lui remplit un plein sac de poissons divers, grosses crevettes et le lui donne. Nous partageons avec Dany et Bernard. Depuis la Sicile, la gentillesse et le sens de l’accueil des gens nous ont très souvent frappés. Cette spontanéité est rafraîchissante. Les gens ne se méfient pas, ils sont ouverts, prêts à prendre le temps de discuter, à donner un peu de leur temps, d’eux-mêmes. Plusieurs fois, les pêcheurs nous ont donné du poisson, des conseils météo. Dans les magasins, on nous demande d’où nous venons, où nous allons. La discussion s’engage, le contact est souvent bon. Le sud de l’Italie est accueillant, il n’y a pas à dire. Cela ajoute au plaisir du voyage et incite encore plus à profiter, à prendre le temps. Nous en sommes ravis.

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Par mathieu et marion
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 22:45

10/05/07, Levkas : 
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Le 23 avril, nous quittons Roccella pour le Castella. Cette étape de 50 milles, commencée au moteur dans une houle résiduelle, se poursuit à la voile sur une mer calmée. En plein après-midi, nous nous retrouvons, alors qu’il fait un temps magnifique, à regarder les dauphins à l’étrave, tandis que le bateau avance sous spi. Nous pêchons là notre premier poisson de 50 cm environ (4 bons repas). Cette belle après-midi nous a fait beaucoup de bien, mais, quelques milles avant l’arrivée, alors que le vent est de nouveau tombé, le moteur décide de ne plus suivre et refuse de prendre ses tours. Nous voilà condamnés à finir au ralenti. Heureusement, le port n’est pas loin. Le lendemain, je démonte, remonte, change le filtre à gazole, vidange… Las, ça ne suffit pas à résoudre le souci. 
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Sur les conseils des gens du pays, nous repartons le jour suivant vers Crotone, ou les mécaniciens sont parait il plus nombreux. Heureusement, nous avons du vent ce jour là. Dans le nez : bonne occasion de tester des choix tactiques : bord à terre ou au large ? Adonnante ou refusante ? Nous commençons par tricoter à l’envers, puis à l’endroit. Encore une petite étape à la voile bien sympathique. C’est quand même le top le voyage en bateau, on peut faire ce qu’on veut à la voile quand on veut. La seule limite, c’est celle de nos capacités. Cette liberté m’enchante.

Crotone n’est pas une escale exceptionnelle, si ce n’est pour la gentillesse, une fois de plus, des gens rencontrés. Un jeune mécano vient à bord voir le moteur, prend le temps de répondre à mes questions. Le problème, c’est que nombre d’Italiens (dont la boîte qui fait les pièces de rechange Yanmar) font le pont entre le 25 avril, fête nationale et le 1er mai, car il y a un dimanche entre les deux. Aussi décidons nous de nous rendre à Santa Maria di Leuca, où se trouve, parait il, un centre Yanmar.

Pour cela, il nous faut laisser passer un coup de vent d’est. C’est l’occasion de voir nos premières trombes. Le bulletin météo italien annonçait des orages (temporali) avec una area di instabilita sur Adriatico se dirigeant vers le sud. Le phénomène semble imprévisible. Ce qui est impressionnant, c’est la colonne d’eau pulvérisée qui tourbillonne en montant et qui avance à une vitesse importante (15 nœuds ?) Heureusement, nous sommes au port et les trombes passent plus au sud. A mon avis, la conduite à tenir en mer dans ce cas serait de ferler toutes les voiles très serrées, de mettre tout le monde à l’intérieur sauf un courageux harnaché, descente fermée et assurée de l’intérieur. 
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Deux jours plus tard, la météo nous annonce du sud ouest 3. Heureusement, car nous ne pouvons pas compter sur le moteur ! En fait, une fois écartés de la côte, nous nous retrouvons grand largue avec un bon 4/5 beaufort et une petit houle. Nous avançons toute la journée comme des avions, sous génois quand c’est trop fort et sous spi quand nous le sentons. En début d’après-midi, Marion aligne surf sur surf à 8 ou 9 nœuds. Sur une vague plus belle que les autres, le bateau vibre plus fort et le GPS affiche 10,3 nœuds de vitesse instantanée. Marion est toute fière, elle me prend un peu de haut. Mais bon, j’aurai ma revanche ! Nous arrivons le soir à 21h à Crotone, à la voile jusqu’au bout, le vent a molli mais ne nous a pas lâché.

Le lendemain, notre voisin de quai s’appelle Gérard, il était ingénieur chez Caterpillar (les moteurs !) à Vendargues, avant de se barrer autour du monde sur son 14m en acier. Sur ses conseils, je démonte la pompe de gavage et la remonte. Un mécano local vient ensuite à bord pour démonter et contrôler l’injecteur et la pompe d’injection. Que n’ai-je fait cela avant de partir, ç’aurait été plus facile. Tout cela effectué, le moteur semble remis de sa petite maladie, même si il aurait encore de ses petites faiblesses.

Sur le quai où nous sommes amarrés arrive bientôt Big Mama, un Cyclades 50.1 de Bénéteau. A son bord, Tomaso et Rocco. Big Mama, apprendrai-je plus tard, est le nom d’un café concert à Rome. Nous sympathisons direct, autour d’un plat de pâtes aux anchois en primi piatti, made by Rocco, puis d’une blanquette de veau en secondi piatti, made by myself. Tomaso et Rocco convoient ce bateau flambant neuf à Levkas, en mer ionienne grecque, pour y travailler en charter. 
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Ils sont pressés mais un coup de vent de sud est les retient comme nous au port. « Imparare la patienza » dit Tomaso, qui a un peu de mal à se résigner. Nous profitons de ce contretemps forcé pour lier plus ample connaissance. Ils viennent tous deux d’Ortone, en Abruzzo, sur la côte est de l’Italie, mais encore au sud. Rocco travaille dans le nautisme, dans le chantier naval de son frangin. Cet été, il skippera l’autre bateau de Tomaso, en escadre avec lui. Il a 34 ans, des opinions politiques et des goûts musicaux très proches des miens. Lorsqu’il nous dit sa tendance à perdre ou casser lunettes, clés, téléphone portable… Marion n’a plus de doute : « Tu as un frère en Italie » me dit elle. Tomaso, qui ne fait pas du tout la cinquantaine qu’il a, est très posé, tranquille. Très accessible aussi. Quelle belle rencontre faisons nous là, nous disons nous.

Le dimanche soir, la météo annonce une rotation au nord ouest dans la nuit. Il restera sans doute de la houle de sud est, mais les deux bateaux prévoient un départ ensemble à 5h du matin vers Nisos Paxos. Nous allons manger une pizza. A 20h, c’est le visage de Sarkozy qui apparaît sur l’écran lors du journal télévisé italien. Eh oui, la réalité nous rattrape, il n’est pas toujours facile d’assumer d’être français… Marion est très déçue, elle parle pour la première fois de ne pas rentrer en France (chouette !) Moi, je me rappelle comme j’avais in petto plaint les Italiens lorsque Berlusconi était au pouvoir dans leur pays. Ce que nous avons maintenant y ressemble, dis je à Rocco. Lui a une explication toute trouvée : Berlusconi comme Sarkozy, dit il, sont des gens de petite taille et veulent le faire payer aux autres. Cela ne suffit pas vraiment à me rendre le sourire.

A 5h30 du matin, Sara et Big Mama sortent ensemble du port. « Au revoir » nous disons nous avec force gestes des bras. Nous sommes rapidement secoués par la mer : mer du vent contre houle de la veille, avec un vent 4b, trop loffé pour pouvoir spier. Nous affalons au bout de quelques minutes, après deux départs au lof. Il est à peine 6h du matin, la journée commence sur les chapeaux de roue. Toute la journée, nous avançons à bonne vitesse, avec souvent un ris. Dans l’après-midi, le vent adonne et nous envoyons le spi, rajoutant une belle série de surfs à notre collection. Nous arrivons vers 21 heures italiennes (22 locales) à Port Lakka, au nord de Paxos. Nous devons nous y reprendre à 4 reprises pour que notre ancre veuille bien crocher, sans comprendre le problème. 
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Ca y’est, nous y sommes ! Au réveil le matin, nous sommes tous contents de découvrir un chouette paysage, une chouette anse comme celle là autour de nous. Mais le moteur montrant encore des signes de faiblesse, nous ne pourrons prendre le temps dans cette partie de la côte : il faut tailler directement la route vers Levkas, centre important de voiliers, où nous trouverons sûrement un centre de réparations agréé Yanmar. Et encore une journée à fond sous spi ! Après les 85 milles de la veille avalés à 6 nœuds, encore 35 à 6,5 nœuds, avec fréquemment le speedo entre 8 et 9. Ca, c’est de la balle. Mais le record de Marion, souvent approché, tient bon. Qu’à cela ne tienne, ça sera pour plus tard.

A Levkas Big Mama nous a précédés de quelques heures. Rocco nous attend et nous prend les amarres. Nous mouillons cul à quai sur le quai de la vieille ville. Enfin vieille, c’est surtout par opposition à la marina, toute neuve. En effet, la ville, rasée par un tremblement de terre en 1853, a été reconstruite en matériaux de fortune : si le rez-de-chaussée de la plupart des habitations est bétonné, les étages sont en tôle ondulée. Cette ville touristique n’a pas énormément de cachet, elle n’en reste pas moins agréable. La gentillesse et la serviabilité de ces habitants sont épatants. Le lendemain, un mécano de chez Contract Yacht Services, une boîte très efficace, vient à bord et répare les deux fuites de gazole en deux temps, trois mouvements. Ca n’est même pas cher (enfin, pour un motoriste…) Entre temps, Tomaso nous a emmené dans la meilleure taverna de la ville découvrir les taziki (yahourt au concombre très frais que l’on mange en apéro), pita (le kebab local) et la mythos (bière locale.) 
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Nous passons encore des moments très agréables avec nos deux amis italiens. Des moments parfois très intenses, comme cette discussion sur le sens du communisme aujourd’hui. Tomaso est plein de sagesse politique, sans se résigner en rien. Lucide ? Je l’espère. Si c’était possible, il me rend un peu d’espoir d’un monde meilleur. Merci, immense merci à vous Tomaso et Rocco, rien que pour cela. Avec, Rocco, nous échangeons le meilleur de mon Reggae français avec le meilleur de son « reg » italien, comme il le prononce. Le carré de Sara résonne maintenant des vibrations de groupes italiens du meilleur effet sur nous !

Comme toutes les rencontres de bateau, celle-ci s’achève trop vite. En voiture de location, nous les emmenons à Igoumenitza, à 100 km au nord, où ils doivent prendre un ferry pour rentrer à la casa. Le lendemain, nous en profitons pour faire le tour de l’île Levkas et allons voir la falaise d’où Sapho, il y a bien longtemps, s’est jetée à l’eau (parait il, parce que ma Maman me dit que non.) Le site est magnifique. 
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Par mathieu et marion
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 23:31
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Nisis Atokos, 21 mai :

Depuis le départ de Rocco et Tomaso, nous n’avons pas beaucoup avancé. Nous voulions profiter de ces îles en prenant un peu le temps. Nous avons d’abord commencé par passer quelques jours de plus sur le moteur. Il s’agissait d’une prise d’air sur le circuit d’alimentation en gazole qui causait ces pertes de régime. Nous avons donc démonté, remonté ledit circuit quelques fois. Une fois tous les joints, rondelles changés, après moults essais dans le canal de Levkas (maintenant on le connaît, ce canal !), le moteur tourne enfin rond. Mieux qu’avant, bien mieux. Son ron-ron m’enchante. 
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Durant cette période, nous avons aussi rencontré Arlaia et Alike, deux jeunes étudiantes d’ici, avec qui nous avons troqué du reggae français contre du reggae grec. Notre discothèque s’enrichit, ces temps ci ! Nous avons également rencontré un couple d’anglais qui voyage sur son petit sloop à quille longue. Nous avons passé une très bonne soirée à picoler du Metaxa (brandy local) avec Sandy et Marvin. Ces Anglais sont très rigolos, à l’opposé des bavaria motor sailor qui encombrent les parages. Au moment ou j’écris, dans le joli écrin que constitue l’anse de One House Bay, un de ces gros tupperweare est venu se caler à 15m devant notre étrave. 

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Ensuite, Seb et Anita sont arrivés. Enfin, pas encore. Ils se sont d’abord annoncés, annoncés. Après un ou deux rendez vous ratés pour cause de météo, nous nous sommes enfin retrouvés au même mouillage à boire l’apéro dans le cockpit d’Olivo. C’est chouette de trouver les amis loin de chez soi comme ça. Ces deux là ne changent pas, toujours aussi rigolos. La bonne humeur de Seb, son flegme tranquille, la candeur d’Anita nous font toujours autant de bien. 
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Nous avons passé trois jours en escadre, à tirer des bords, à bouffer les uns chez les autres, à profiter à fond comme Seb sait si bien le faire… Et nous avec ! Le seul souci, c’est pour mon amour propre car Olivo semble plus rapide que Sara. Dans le petit temps, c’est sur, dans de l’air, c’est peut-être moins net. Ses accélérations, en tout cas, nous ont donné l’impression de rester sur place. Je me console en me disant qu’il pèse une tonne de moins que nous… 
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Ce matin, nous nous sommes séparés, Seb et Anita retournant à Levkas pour des soucis matos tandis que nous partons vers les golfes de Patras et Corynthe. Nous avons prévu de nous retrouver plus loin, au nord de la mer Egée ou en Turquie. Inch Allah ! Nous profitons une dernière soirée de cette mer ionienne et de ces îles sympathiques. Il y aurait tant à voir que nous n’avons pas vu : Cephalonie, Ithaque, Zakinthos… Cet archipel est un peu un Disneyland de la plaisance avec un port tous les 5 milles, son lot de tavernas et de bars à touristes. L’industrie du Bavaria est une sacrée entreprise. Tomaso nous avait parlé de 1500 Bavaria neufs arrivant chaque année en Grèce. Je ne sais si le chiffre est vrai, mais il y en a énormément, en tout cas. Cela n’empêche pas la zone d’être attrayante, de quoi passer un beau moment de glandouille / vacances entre deux périodes de bateau à fond les ballons. La période semble aussi appropriée, souligne Marion : nombre des Bavaria et autres caravanes flottantes sont encore à quai dans les marinas à cette période. Lorsqu’ils sont tous de sortie au 15 août, ça ne doit pas être facile pour les autres ! Dans un voyage, on peut à mon avis planifier ce coin plus près de l’hiver : c’est tellement abrité que même avec carton on doit pouvoir naviguer confort. 
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Par mathieu et marion
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 16:35
L'ordinateur de ce cybercafe ne veut pas comprendre que je suis francophone, donc amateur d'accents, d'apostrophes et de c cedille. J'ai remis les lettres qu'il m'avait mange, il doit pourtant rester des coquilles! Desoles pour le desagrement.   


11/06/07, Lavrion :

Nous voici en mer Egee, apres les golfes de Patras et Corynthe et l'escale finalement plus technique que culturelle d'Athenes. Escale onereuse aussi. Mais n'anticipons pas. Revenons-en la ou nous en etions :

 

Patrakos kolpos et Corynthiacos kolpos :

Apres Atoko, dernier mouillage de la mer ionienne, nous avons fait route vers Missalonghi, port sans interet, au terme d'une etape sans interet, moteur et spi dans une quasi petole, tous deux fatigues plus que de raison, allons savoir pourquoi. Le lendemain, depart sous spi dans la meme quasi petole que la veille, puis, a la bouee sud marquant l'entree dans la seconde partie du golfe de Patras, petole complete. Le temps de se resigner a demarrer le moteur, 20 bons nœuds d'est se levent en quelques minutes. Tete dans le guidon, j'enchaine les reductions : Trois tours devant, un ris a la GV, on passe sous foc. Nous voila au milieu du golfe, la ou ca souffle le plus fort. Des especes de vagues d'un gros metre, tres escarpees et donc infranchissables, viennent se briser sur notre flanc et douchent Marion, qui apprecie peu l'exercice. Nous virons de bord pour aller nous proteger le long de la cote nord.

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Effectivement, ce bord sera le bon. Nous trouvons moins de vent, moins de mer et avancons beaucoup mieux. Surtout, en deux bords et cinq heures, nous nous retrouvons au pont de Patras, entree du golfe de Corynthe. Nous avons eu sur ces deux bords des adonnantes extra, environ 50 degres les deux fois. Cest un phenomene de divergence en aval du resserrement du pont de Patras, mais en version baleze. Le genre de truc qu'on n'a qu'en reve, me dis je, tout content, alors que nous renvoyons la toile dans un vent faiblissant avant d'arriver sur Navpaktos. Sur les 5 voiliers ce soir la dans le port, 4 sont francais. Jusqu'ici, nous en avions croise tres peu.

65-Navpaktos.JPG Navpaktos est un port fortifie, les deux balises de l'entree sont les tours de guet. On passe litteralement entre les murailles pour entrer. Cest tout petit, il y a de la place pour peine quelques bateaux. Mais cest super mignon. Evidemment, on mouille forcement sur les ancres des autres, mais bon. Navpaktos fut le site de la bataille navale de Lepante, dont jai honte de mal me souvenir (jai fait des etudes d'histoire a la fac.) Je crois qu'elle marque une defaite cinglante pour les Turcs contre les Europeens, dans la seconde moitie du XVIe.

Le lendemain, sur l'ile de Trisonia, nous recuperons un rechaud neuf commande sur internet et l'installons, tout contents. Finies les longues attentes tandis que les pates cuisent, avec un feu de cette puissance ! Pour ce qui est des serre-casserole et du cardan par contre, ce modele est encore plus light que le precedent. La cocotte-minute, meme au port, menace de tomber chaque seconde si l'on ne met pas le blocage du cardan. Un comble pour un rechaud certifie marine et coutant la modique somme de 200 euros. 69-Le-nouveau-rechaud.JPG

Raph et Diane nous rejoignent. Apres les trois mois de stage de Franais Langue Etrangere de Diane dans un college athenien, ils vont rentrer en France. Avant cela, nous profitons de leurs derniers jours en Grece pour naviguer un peu ensemble. Ca fait du bien de naviguer avec un equipage complet, avec des manœuvres qui petent, sitot dit sitot fait sitot range. Surtout, nous nous regalons de nous retrouver, discutant le soir jusque tard. Avec eux, rien ne change, l'enthousiasme est le meme que toujours, c'est bon. Marion est heureuse de retrouver sa copine.

Pourtant, ils sont venus bord alors que les relations entre nous deux etaient tendues : s'agit il pour Marion dune difficulte faire des choses dont elle ne comprend pas toujours le sens immediatement ou d'une incapacite de ma part a expliquer en temps reel ce qui est evident pour moi ? (Je parle la de ce qui se passe sur l'eau, en nav.) Lassitude de ne voir que l'autre et de tout faire ensemble, en tout cas. Cest une epreuve que de vivre cela, meme si cela nous renforce au final.

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Mr moteur, lui aussi, avait decide de continuer a nous embeter. Alors qu'il se portait a merveille depuis les evenements de Levkas, une fuite se declare sur le filtre de gazole. Et en resserrant la vis fautive, je la casse dans son logement. Et m... Nous voila obliges de rentrer a la voile sur Galaxidhi, (un bon pretexte pour manœuvrer la voile dans un port, un !) Un mecano local nous extraira la vis et la remplacera par une neuve.

Pour nous venger de l'apres-midi perdue de ce fait, nous quittons le port a 6h le lendemain pour rallier Corynthe, soit 35 milles. Navigation sans histoires, pleine d'envois de spis, de rotations de vent et de dauphins. Nous en croisons plusieurs dizaines, l'apres-midi, en chasse. L'eau alentours est striee d'ailerons, de l'ecume de leurs plongeons. Les filles, installees a l'etrave, les guettent en riant. Mais ils ne prennent pas le temps de venir jouer avec nous, ils ont l'air occupes. La ligne de peche mise a l'eau dans l'espoir que les dauphins nous laissent des miettes de leur festin, nous decoit : nous la remonterons sans le leurre. Souhaitons bonne digestion au thon qui la croquee! Nous faisons ensuite un coucou au ters joli Akra (cap) Melangavi, cinq milles avant Corynthe, qui nous rappelle les calanques de Marseille.

 

D'une mer a l'autre :

Le temps a file, Diane et Raph doivent deja nous quitter. Tant pis, nous passerons sans eux le canal de Corynthe, impressionnante tranchee de 4 milles de long. Tant mieux d'un cote, car l'engueulade (sur le mode decrit plus haut) qui precede le passage dans le canal restera sans doute dans les annales. Cela me rappelle une theorie sur la vie en collectivite d'un de mes formateurs : les tensions ne sont pas forcement negatives si elles permettent de resoudre les problemes pour aboutir un etat d'harmonie superieure. Et, de fait, cette fois, la tension sera cause d'une discussion/mise plat bienvenue. 87-Sept-ponts.JPG








Le passage du canal se fait dans le silence post-orageux. Sara est moins rapide que les autres, le moteur donne pourtant son maximum, mais il a une excuse, il ne fait que 8 chevaux ! Rien d'exceptionnel, pas de cargo enorme nous brassant l'eau a cote. Apres avoir paye le passage du canal (86 euros tout de meme,) nous repartons vers Egine (ile au sud dAthnes.) Une rotation de vent et un changement d'avis plus tard, nous entrons dans une quasi petole a Epidaure (NE Pelopponese) vers 21h. Une petite crique nous y attend. Tellement sympa que le jour suivant, nous ne faisons rien, sinon gonfler l'annexe pour aller faire des courses a terre. 7-Sara-paisible.JPG

Le surlendemain, nous allons en bus visiter le theatre dEpidaure, commence par les Grecs et agrandi par les Romains. La propagation du son est epatante, les guides ne mentent pas en pretendant qu'une piece de monnaie qui tombe sur la scene s'entend du haut des gradins. Surtout, parmi les visiteurs, certains sont venus pour se payer leur petit moment de gloire en poussant la chansonnette. L'acoustique est merveilleuse, nimporte quel chant prend une dimension emouvante. Nous sommes epates.

Nous repartons l'apres-midi vers Egine, ou nous arrivons apres une petite nav de nuit durant laquelle nous avons eu l'impression que les feux locaux manquaient d'energie, tellement ils etaient faibles. Je garde egalement une drole d'impression de ces flash rouges signalant un filet de peche. On ne les voyait que de tres pres. Moi qui voulais convaincre Marion de l'innocuite de la nav de nuit, jai rate mon coup ! 11-Le-th--atre-d-Epidaure.JPG

 
















Athenes et Lavrion :

Le jour suivant, 02 juin, nous voit arriver a Marina Zea, au Pyree. Ca y est, nous sommes a Athenes. Le 03 etant un dimanche (shipchandlers fermes,) nous allons visiter l'Acropole. Le site est effectivement tres impressionnant, meme si les travaux en cours en limitent la beaute. On reviendra dans dix ans ! Le temple d'Athena Nike a ainsi ete demonte pierre par pierre pour reconstruction a l'identique avec chaque pierre au meme endroit quil y a deux mille quatre cents ans. Sur le Parthenon, des pierres avaient ete melangees lors de la reconstruction entre deux guerres. Je ne sais comment, ils arrivent maintenant a savoir quelle tranche de colonne appartenait a quelle colonne. Cela me depasse.
32-Ses-caryatides.JPG

Les trois jours suivants sont consacres a SARA, qui a besoin de soins. Faire les shipchandlers et les quincailleries au Pyre est encore plus exotique que cela ne l'avait ete en Tunisie : essayez de faire comprendre a un grec ne parlant que le grec et l'anglais que vous voulez de l'etoupe 6mm pour votre arbre d'helice lorsque vous ne connaissez pas le mot en anglais ni en grec ! On y met du temps, un francophone nous sauvera la mise. Ouf, nous avons notre morceau d'etoupe. Je deniche egalement le revendeur Yanmar dans une rue derriere la gare de metro pour lui acheter un filtre a gazole : la repa du mecano de Galaxidhi (quand il y avait Diane et Raph) n'a pas vraiment tenu. Surtout, nous nous occupons du grement dormant (les cables qui tiennent le mat.) Celui-ci a en effet l'age du bateau, soit 25 ans. Avant le depart, j'avais change l'etai, puisque, du fait de l'enrouleur, il est impossible de le controler frequemment. Le greement lateral m'avait semble bon pour le service.

Mais, ces derniers temps, des taches de rouille se multipliaient. Nous avons donc demonte un bas hauban et avons trouve, grace a des commercants sympas, une boite qui fait du cable inox et du sertissage. En fait, ils travaillent surtout pour la marine marchande, notamment les elingues des grues du port de commerce. Pas le meme calibre que nos haubans de 5mm. Le specialiste inox de la maison a attrape mon cable et l'a tordu sans vergogne au niveau d'une tache de rouille : l'angle etait net, la fissure d'un des torons apparente desormais. Il a parle d'elongation. ''This cable will break" est la seule phrase que jai comprise, le reste etant dit en grec, traduit en anglais par un collegue, que je n'ai qu'approximativement compris. (Pour voyager en Grece, il faudrait non seulement un dico francais/grec, mais aussi un autre francais/anglais. J'avais pas pense.)

20-Monastiraki.JPG

Glups ! Du coup on a change tous les haubans (2 gal + 4 bas), parce que, me connaissant, j'aurai mal dormi les nuits d'apres sinon. Ce fut un joli boulot : monter au mat pour demonter un galhauban + un bas-hauban (j'ai pas ose plus, j'aurais eu peur que le mat tombe) sur le bateau, prendre le bus, aller faire sertir mes nouveaux cables, revenir en bus, regrimper au mat pour remettre les nouveaux, redescendre les rider et regrimper demonter les deux cables suivants et ainsi de suite. Rude journe de boulot. Bon, maintenant, on est peinards, on a un greement neuf, qui, dis je a Marion pour la consoler de la depense, n'a pas coute trop cher : 210 euros les 6 haubans (sans les ridoirs, les anciens ayant toujours bon pied bon oeil.) Il n'empeche, plus ca va, plus je trouve qu'un bateau, ca coute drolement cher !

22-L-acropole.JPG
Apres toutes ces operations, la note de la marina commencait a s'alourdir, aussi avons-nous decide de quitter Athenes au plus vite tant qu'il nous restait quelques kopecks. En Grece, les ports sont gratuits, seules les marinas high tech sont payantes. Mais Athenes, pas le choix, c'est marina ou marina. Nous sommes donc partis des le lendemain 06 juin, tant pis pour les musees que nous voulions voir, tant pis pour le quartier punk auquel nous voulions rendre visite (on est en mal de rocknroll !), on reviendra quand l'Acropole sera finie de restaurer de toute facon.

51-La-table--.JPG Apres un rapide reglage de mat, cap vers les iles, le farniente au mouillage, la belle vie quoi. Au portant sous spi puis au pres, le thermique l'ayant finalement emporte sur le synoptique. Nous nous sentons fatigues de la ville, des bagnoles, du bruit. Au mouillage, avec un barbecue bienvenu, nous experimentons notre table de cockpit, faite avec le panneau de descente et quelques bouts. Cela me fait penser Ludo et son caillebotis/table. Surtout, ce panneau de descente qui, la plupart du temps, encombre, a trouve une deuxieme utilite! Cette soiree nous requinque et nous repartons regonfles le lendemain pour passer le cap Sounion, sortie du golfe Saronique. Ce cap porte les vestiges bien conserves d'un temple autrefois dedie a Poseidon. 


Nous remontons ensuite au pres entre Makronisis et la cote et mouillons a Ormos Thoriko, au ras de la cote, pour se proteger du vent de nord qui est bien monte en cette fin d'apres midi. Bien nous en a pris, car, loin de tomber avec le soir, il se maintient toute la nuit. 
Je comptais partir tot pour gagner au vent vers l'ile d'Eubee avant que le vent ne se leve trop. A 6h, les rafales que j'entends du fond de ma couchette semblent me dire "reste au lit, mon gars, a va souffler!" Marion approuve. OK, restons. Heureusement, car a 8h30, nouveau reveil, cette fois pour aller verifier que l'ancre ne chasse pas. Faute d'anemometre, je ne peux dire combien de vent il y a, mais dans les rafales les plus fortes, l'annexe, amarree a  l'arriere, s'envole. Nous restons la toute la journee a preparer nos prochaines navigations, potassons Instructions nautiques, cartes, guides. Malgre les rafales defrisantes, l'ancre ne bouge pas dun iota. La journee est un peu longue (bien qu'entrecoupee de siestes) : nous avions envie de naviguer.

J'ai un peu peur que ce vent de nord ne soit le debut du meltemi, ce vent de nord qui souffle tout l'ete assez fort dans ces parages et qui se leve normalement fin juin. Nous avions prevu de faire cap au nord durant le mois de juin vers les Sporades puis cap au sud en juillet avec le vent dans le dos, vers le Dodecanese et la Turquie. Mais si le meltem est en avance...

64-coucher-de-soleil.JPG Le 09 juin, apres la meteo du matin, SARA se prepare a deraper son ancre. Objectif : voir s'il est possible de gagner dans le vent, qui semble un peu moins fort qu'hier. Sinon, on va au port de Lavrion, juste sous le vent. L'essai n'est pas concluant : sans meme border la GV, pourtant reduite a deux ris, SARA part au tas sous foc seul des que nous loffons. Sans doute faudrait il le tourmentin, mais dans ce cas, quid de la puissance necessaire pour passer les vagues ? Je n'aurais pas la reponse, car Marion pense que c'est un peu fort pour nous. La dessus, une vague me douche. Ok, ok, de toute facon, on ne va pas se lancer dans un louvoyage de 20 milles dans l'axe dans ces conditions, d'autant que nous sommes pour l'instant partiellement abrites de la mer qui doit etre plus forte dans les parages du Steno Kafira, duquel notre route nous rapprochait. Pourtant, le vent ne me semble pas enorme, j'aurais pense que faire route serait plus facile. En revenant vers le port, nous croisons un gros Bavaria, droit dedans au moteur. Evidemment, avec 13m de long, 65 chevaux et une helice tripale, c'est pas pareil.

Le steno Kafira est le passage entre Eubee et Andros, sorte de super entonnoir avec 200 ou 300 milles de fetch par vent de nord. Le coin est assez mal fame, parcouru de courants costauds (jusqu'a 7 nœuds par coup de vent de nord, selon les IN), de tourbillons, de trains de vagues. Ce qui justifie que le service meteo grec ait cree une zone meteo pour lui tout seul. Ca me rappelle Jean Laroque comparant les Bouches de Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne, au chas de l'aiguille par lequel les vents doivent passer. La difference est qu'ici, lorsque le meltem se leve, cela peut durer trois mois, ou quatre, presque sans interruption.

Au port de Lavrion, nous nous amarrons au quai d'Ecker Yachting, societe de location dont les bateaux sont partis pour la semaine. Sur leur ordinateur, les champs de vent laissent presager une baisse puis une rotation des lundi, soit demain. Cool. Ils pensent que ca n'est pas du meltem, mais encore un coup de vent de printemps. La difference, semble t'il, c'est que le coup de vent de printemps ne fait que passer.

61-Mr-persil-admire.JPG
A peine amarres, tandis que je cherche l'origine des trois litres deau douce repandus dans les fonds (c'est le joint de l'evier qui est mort, caramba !), Marion part chercher du boulot a nettoyer les bateaux pour les boites de location. Ce type de travail est souvent tres bien remunre. Mais ca n'est pas le jour : il faudrait etre la le samedi, lors des changements d'equipage. Ce jour la, me dit Mickael, responsable d'Ecker Yachting, il embauche aussi des materialistes, eux aussi bien payes. Ils manquent de monde en fait. Aussitot, Marion echafaude un plan : etre dans un port ou se trouvent les boites de loc tous les vendredis soir pour bosser un jour par semaine. Voila qui n'empeche pas de naviguer les autres jours et qui remplit la caisse de bord. Piste a creuser, interessant.

Plus generalement, il y a du boulot par ici a prendre l'ete. Comme skipper, je gagnerais en trois mois de quoi vivre un paquet de temps sur SARA. Je pourrais aussi essayer de faire le chef de base pour une boite de loc (quoique cela se fasse plutot en avant saison.) Ce serait le moyen de faire durer le voyage. Mais je nai pas envie de bosser, non, pas maintenant. Je veux profiter de cette liberte que nous avons. A plus tard les contraintes, le boulot, les soucis. Tant pis si nous ne pouvons rallonger le voyage, ce que nous voudrions pourtant : j'ai un de ces poils dans la main !

48-Ils-sont-mimis--.JPG Aujourdhui 11 juin, le vent a molli. Nous avons travaille sur le bateau et arrivons au bout de notre liste matos. Sur, nombre de boulots viendront se rajouter prochainement, mais c'est bon de voir la feuille avec presque tout raye, en attendant. Je me rappelle Pierrette, me disant, tandis que j'etais dans le chantier, lorsque nous venions d'acheter SARA : "T'as conscience que a ne sera jamais fini ?" Il avait drolement raison, le bougre.

Nous repartons demain, direction la belle vie dans les iles. Desoles si nous tardons un peu a donner des nouvelles !

Hier, il y avait les elections legislatives en France. Je ne sais meme pas si c'etait le premier tour ou le second. Cest dire. Nous nous sentons si loin de la France. Nous profitons de la vie.

Par mathieu et marion
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Mercredi 11 juillet 2007 3 11 /07 /Juil /2007 19:17

Voilà la nouvelle livraison de notre journal de bord, résumant nos « aventures » du mois de juin. J’ai vainement essayé de faire figurer une carte pour permettre aux non-spécialistes de la géographie grecque de s’y retrouver. Mais peine perdue. Nos talents d’informaticien ne suffisent pas à cette tâche. Si quelqu’un est suffisamment doué pour nous conseiller… En attendant, vous pouvez toujours ressortir votre atlas ou utiliser google earth. Bonne lecture à tous et à bientôt.

 

19/06/07, Limni :

62-gros-congestus.JPG Nous sommes ce soir à Limni, adorable petit village de la côte ouest d’Eubée, avec un tout petit port où Sara a pris la dernière place disponible ; nous n’avons passé le pont de Chalkis que hier soir, c’est dire si nous avons peu avancé. Mais tant pis, revenons plus en arrière. 

66-Nisis-xero.JPG Après Lavrion, nous traversâmes vers les nisidhes Petaloi, à la pointe SW d’Eubée, au travers sous spi dans un vent light, très light. Sur la côte ouest de Nisis Xero se trouve un mouillage extra, une sorte de piscine de 4m de fond par 150m de diamètre. Nous y sommes restés deux jours, le vent trop mollasson ne parvenant pas à nous motiver pour dépasser la gigantesque flemme qui s’était emparée de nous. Sous le taud de soleil, avec quelques baignades, quelques siestes, la chose était tout à fait supportable.


Le 14 juin, nous faisons route vers le nord, d’abord au largue sous spi dans un vent …ultralight, puis en remontant un petit flux de nord-est, bienvenu, qui nous fait enfin gîter. Le bonheur ! Nous contournons Nisis Nea Styra par l’est, espérant trouver un autre mouillage charmant. Las, rien de bien terrible. Nous continuons vers le nord. A un moment, je réalise combien nous ne savons pas où sont les cailloux autour de nous. Tout à l’heure, nous avons viré en catastrophe, prévenus par le sondeur. Maintenant, il y’a un haut fond quelque part devant, un peu sous le vent à priori, mais où ? Il faut dire que par souci d’économie, nous n’avons pas acheté les cartes de détail de la zone. Mais qu’est ce qu’on fout là ? Nous nous étions promis de  préparer nos navs avec les Instructions Nautiques, qui détaillent la côte caillou par caillou. Mais vu l’ambiance de vacances qui règne à bord, nous n’avons rien préparé aujourd’hui… 

100-coucher-de-soleil-depuis-Glossa.JPG


       Nous serrons les fesses, nous reprenons et sortons des îles. Nous arrivons en fin d’après-midi un peu plus au nord, sur un bout de quai dans un village très cool, dans Ormos Animvoriou. Au matin, réveil tôt car le vent s’est levé et porte sur le quai. Nous quittons l’endroit à 7h30. Nous louvoyons toute la matinée avec un ris derrière et le foc devant, pile poil la toile du temps. Naviguer ainsi nous met du baume au cœur. Nous entrons vers 13h dans le port d’Aliveron. Là aussi, nous resterons deux jours, le vent jouant à nouveau aux abonnés absents. Nous en profitons pour aller à la plage, à pied, comme les touristes que nous sommes. Heureusement qu’on nous promet du meltem bien tassé tout l’été, sinon on en viendrait à jurer… Nous rencontrons là un couple anglo/grec qui nous emmenent à Lidl, le supermarché discount, pour faire nos courses. Ils sont très sympas.  

Le dimanche, 17 juin, nous couvrons les 25 milles nous séparant encore de Chalkis, au louvoyage dans de petits airs d’ouest instables. Cette fois encore, naviguer nous fait du bien. Nouvelle journée de stand-by à Chalkis pour attendre l’ouverture du pont. En effet, la route que nous avons choisie pour monter vers le nord et l’archipel des Sporades passe entre la longue île d’Eubée et le continent. Ce long bras de mer est tellement resserré qu’il se transforme sur quelques centaines de mètres en un canal, qu’un pont enjambe. Du fait de notre mât, nous ne pouvons passer sous ce pont, dont il nous faut attendre l’ouverture, gérée par les gardes-côtes.

Après le passage du pont (ça me rappelle les ponts de Sète !), nous quittons Chalkis pour monter vers le nord. Divers bords de près dont un au moteur, puis  nous entrons à Limni alors qu’un sympathique nord-est s’est levé, descendant par rafales de la montagne. Cet endroit est adorable, il nous enchante. De la digue du port, nous plongeons nous rafraîchir et récolter des moules que nous ferons à la cocotte. Ce joli coin imprévu me rappelle Cefallu, en Sicile : comme c’est bon d’arriver ainsi en bateau chaque jour dans un nouvel endroit, on a des surprises parfois très agréables. 

 

20/06/07, Aklidi :

 

Aujourd’hui, la navigation a commence par trois heures de moteur. La pétole était engluante, totale. Rien a faire. Enfin, un peu d’air est apparu, au portant, qui plus est. Nous avons donc continué sous spi, jusqu’à la fin de ce p… d’Evvaicos kolpos qui commençait à me sortir par les trous de nez, à force de ne pas y avancer, de ne pas y trouver de vent. Ouf !


78-cass--.JPG En arrivant, fruit d’une manœuvre mal préparée (on se relâche ou bien ?), nous avons frotté un motor yacht en nous amarrant. Lui n’a pas de dégâts, ouf. Mais nous avons arraché une embase de chandelier (le piquet qui tient la ficelle garde-fou le long du bateau). Ce sont les 4 vis de fixation qui ont lâché, accusant leur age. Comme tout est straté à la construction, l’affaire s’annonçait complexe. J’ai tout dégagé au marteau et au ciseau avant de poser des vis neuves. L’affaire tiendra bien jusqu’au prochain carénage…

Comme hier soir, nous sommes dans un petit port de pêche sympathique, fréquenté par les seuls locaux. Hors des circuits touristiques, il y a juste une ou deux places pour les visiteurs. Avec ce soir l’électricité en sus. Le tout free. Chouette. Et les gens sont gentils, tranquilles. Je me dis que je ferais bien pêcheur dans un coin tranquille comme ça, moi : poser ses casiers le soir, aller les relever le matin…

72-Au-milieu-des-p--cheurs.JPG

 

24/06/07, au mouillage près de la pointe nord de Chersonisos Trikeri :

 

85.2-Le-village-au-dessus.JPG Le lendemain de la réparation du chandelier, une étape de louvoyage vers Orei nous ravit. Même topo le jour suivant, qui nous emmène jusqu’à Koukounaries, plage de Skiathos. Il parait que c’est la plus belle plage de Grèce, mais bon, nous on vient de Corse, il en faut plus que ça pour nous émouvoir. Je sais, on a l’air blasés mais non ; on se ravit de plein d’autres choses, tel ce village haut perché sur la presqu’île de Trikéri, aperçu aujourd’hui.

Des suédois que nous retrouvons de port en port ces derniers jours nous prêtent un bouquin grec contenant cartes de détail et plans des ports et mouillages. Très bien foutu ce bouquin, schémas super clairs et précis, conseils par des locaux… Nous passons la moitié de la nuit à décalquer et colorier le détail du golfe de Volos et des Sporades. Ainsi, pas besoin d’acheter ces cartes. Le prix des cartes marines est en effet effrayant. Une belle économie, une ! D’ailleurs, en regardant le détail du golfe d’Eubée que nous avons traversé ces derniers jours, j’ai quelques sueurs froides rétrospectives. Rien à faire, les cartes de détail, c’est indispensable. Je pensais m’en sortir avec le guide IMRAY de Rod Heikell, mais ça n’est pas suffisant.

La veille, pour sortir du golfe d’Eubée, nous avions choisi un petit chenal bien étroit, avec des cailloux sous le vent et du courant. Difficile d’après les Instructions Nautiques, facile d’après Rod Heikell. On a décidé d’aller voir par nous même. Sympa. Un petit virement en urgence, petite montée d’adrénaline : le sondeur est remonté à 4m … Franchement, les cartes de détail, c’est une belle invention. Les cartes de pilotage encore plus. Mais bon, sans l’une ni l’autre, il faut avoir l’œil. Je suis plutôt d’accord avec les Instructions Nautiques, finalement. Surtout que, sauf erreur de mon sondeur, le plan de Rod Heikell n’est pas complet. Il précise d’ailleurs dans l’intro de son bouquin que ces plans ne doivent être utilisés qu’en complément des cartes marines. Je suis bien d’accord avec lui ! (Ca n’empêche pas ses guides d’être une somme d’infos conséquente et utile, quoique fort onéreuse.) 

71-Wouah--.JPG Du coup, pour l’étape de Orei jusqu’à Koukounaries, j’avais créé un fond de carte à l’échelle en reportant un maximum d’amers grâce à leurs coordonnées GPS collectées dans les IN ou le livre des feux. C’est efficace, j’ai pu faire des points par trois relèvements tout à fait plausibles. En plus, on connaît sa navigation par cœur une fois qu’on a réalisé la carte. Le seul souci, c’est le temps que ça prend…

Le 23 juin, nous poussons jusqu’à Skiathos ville, en recherche d’un port ou laisser Sara le temps de rentrer en France. En effet, nous sommes invités à faire la surprise au papa de Marion qui fête son départ à la retraite. Après moult tergiversations, nous avons décidé d’y aller. Nous cherchons donc un port où laisser Sara une dizaine de jours en sécurité. 

83-Port-de-p--che.JPG

 Mais non, Skiathos n’est pas un port adapté : il faudrait laisser Sara mouillé à quai avec tous les plaisantins du dimanche sur leur Bavaria de location mouillant leur ancre sur la notre, fonçant dans le bateau full speed… Je n’ai pas envie de prendre le risque. Skiathos est une jolie petite ville toute blanche, riante. Très sympa. Le décor est vraiment charmant, mais dénaturé par les touristes qui envahissent littéralement le moindre coin de la ville. Les plages sont toutes couvertes des parasols des hôtels alentours. C’est un peu comme Bonifacio, ici : un trou paumé l’hiver, un site bondé et infréquentable en saison, un site magnifique malgré tout.

  80-Skiathos.JPG


Aujourd’hui, j’avais presque mal au crâne en me levant. Nous avons trouvé un rade très rigolo hier soir… L’endroit ou ça se passe entre minuit et trois heures du matin, ici. Rien de tel que de naviguer pour se remettre. Or, après les quelques jours de pétole que nous avons connu, un bon petit vent de nord s’est levé. Nous décidons donc de faire la route vers le golfe de Volos, où nous laisserons finalement Sara. Nous revenons donc sur notre sillage, pleine balle au travers puis au portant sous spi. Il y avait trop longtemps qu’il n’avait pas vu l’air celui là.
 

86-Chambre-ext--rieure.JPG Et nous voilà ce soir dans un petit mouillage sympa et désert à bricoler notre poulet au barbecue. C’est chouette, cette tranquillité. Locomondo, ce groupe de reggae grec « troqué » à Levkas contre du reggae français, résonne dans le bateau. J’ai même convaincu Marion de dormir sur le pont. Yes. Elle est ravie et nous prépare un chouette petit lit dans le cockpit avec les coussins du carré.

 

10/07/07, Skopelos :

 

Ca y est, Sara est reparti naviguer. Nous sommes à présent sous le charme de Skopelos, seconde île des Sporades en allant vers l’est. Aujourd’hui nous en avons fait le tour en bateau après une ballade hier soir, (presque une ascension !) vers un patelin haut perché, Glossa. Nos nouvelles résolutions nous vont bien. Notre séjour en France nous a finalement fait du bien, nous permettant de respirer, de voir du monde, ceux que l’on aime, ce qui nous a fait beaucoup de bien.

90-A-Pondikonisi.JPG Nous sommes revenus tous deux, sans s’être concertés, avec la même idée qu’il nous fallait gérer le rythme du voyage, alterner des étapes en mer avec des moments de nav plus tranquilles, de mouillage en mouillage. Plus des visites à terre, prendre le temps de voir le pays. Ne pas faire tout ensemble, non plus. Bref, varier le rythme et les plaisirs. C’est une leçon que nous tirons de cette première partie du voyage. Au début de notre périple, j’avais l’idée que de toute façon, ça se passerait bien, qu’il ne fallait pas s’en faire. J’avais presque raison. 
D’autre part, en regardant le routier de Méditerranée orientale, plié a demeure sous un film mylar sur la table à cartes, je réalise que cette montée vers le nord par le canal  d’Eubée était une erreur, vu nos aspirations à ce moment : nous avions envie d’îles, de mouillages tranquilles jusqu’à plus soif, de prendre le temps de ne rien faire. Moi surtout, j’avais besoin de décompresser, ralentir le rythme, encore, encore. Tendre vers la lenteur. Je me sentais « mûr » pour cela, vous n’imaginez pas ! Le choix de monter vers le nord par le canal d’Eubée ne fut pas des plus heureux. Cette route imposait de « faire des milles » alors que nous avions justement envie de mouillages tranquilles à profusion. Nous aurions aussi bien pu aller vers les Cyclades, s’y perdre et voir ensuite.


96-Pondikonisi-ou-la-Provence.JPG
De plus, la pétole quasi continue du mois de juin sous une chaleur torride (plus de 40° dans le bateau très souvent en juin) nous a fatigués. Sans doute aurions nous mieux fait de ne pas s’accrocher à notre prévisionnel et de foncer vers les Cyclades, qui, après Athènes, nous tendaient les bras. Cet archipel, réputé délicat pour naviguer quand le vent -le meltem- est établi, nous aurait sans doute ravi.

Comme quoi, on a beau réaliser ses rêves et bénéficier d’une qualité de vie exceptionnelle, on n’est pas encore parfaitement contents. Pourris gâtés, disait l’autre ? C’est générationnel, il paraît. Pendant ce temps là, il y en a qui vivent dans la bande de Gaza ou sous les retombées des puits de pétrole américains et français au Nigeria. Alors ne nous plaignons pas. Nous verrons les Cyclades plus tard, en septembre.
 
99-La-star----la-barre.JPG

Nous sommes revenus sur Sara le 05 juillet au soir. La journée du 6 s’est passée à réarmer, regréer, avitailler… Sara a quitté Volos le 7 à la mi-journée pour rejoindre d’un grand bord de bon plein Ormos Nies, baie entourée d’oliviers où nous avons passé la nuit. Le 08, sortie du Pagasitikos Kolpos (le golfe de Volos) et mouillage enchanteur à Pondikonisi, au milieu des pins et des cigales. C’est merveilleux comme ces cigales m’enchantent toujours. J’aurais du mal à vivre sans cette musique estivale, il me manquerait quelque chose. Enfin, hier, d’un grand bord de près en bâbord amures de presque 20 milles, nous sommes arrivés à Skopelos. 

 

101-Marion-visite-Glossa.JPG Le petit port de Loutraki, où nous avons mouillé est très tranquille. Le village dans lequel nous sommes allés nous balader au coucher du soleil est charmant, les habitants, prenant le frais à cette heure, souriants. Quelle qualité de vie on doit avoir, dans ce village : toute la tranquillité méditerranéenne, la vue plongeante sur la mer et les îles en sus. Pas un touriste, des arbres fruitiers partout. 

105-les-deux-ensemble.JPG Ce matin, Sara est parti vers le sud pour tourner autour de l’île. Nous avons croisé, au niveau de l’île Dhisia, des plages superbes, inaccessibles par la route pour la plupart. Le vert profond des pins en arrière plan contrastait avec le bleu intense de l’eau et le blanc du sable. Nous avons trouvé 3 à 4m d’eau à 30 m de la plage et nous nous sommes amusés à venir virer au plus proche à plusieurs reprises. Le spectacle de cet endroit était magnifique. Qui plus est, il n’y avait presque personne, pas même de voiliers à l’ancre, ou si peu. Amis voileux, si vous passez par là un jour, ne ratez pas l’occasion de tirer quelques bords dans ces eaux enchantées. Vraiment.

Notre tour de l’île nous a finalement emmenés jusqu’à Limin Skopelos. Ce port est aussi la ville principale de l’île. Comme à Glossa hier, comme il y a quelques temps à Skiathos, nous admirons la manière dont la lumière méditerranéenne illumine les blancs. Ces villages en étages, à flanc de coteau, non contents de respirer la douceur de vivre, sont magnifiée par ce blanc omniprésent. Dommage que notre appareil photo ne veuille pas le restituer complètement.  

106-une-partie-de-Skopelos.JPG

 

 

 

 

 

Par mathieu et marion
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Lundi 30 juillet 2007 1 30 /07 /Juil /2007 17:38
19/07/07, Linaria (Nisis Skyros) :
Ah, le bon temps dans les îles, les mouillages aux petits oignons, tellement sympas qu’on en oublie, au matin, de repartir naviguer. Les journées tout à la voile (y’a du vent !) avec le moteur qui ne sert que 30 secondes le soir pour assurer l’accrochage de l’ancre… On se régale. 

111-les-toits-de-skopelos.JPG A Skopelos, nous avons pris le temps de visiter la ville, très agréable. Dans le dernier article, nous avions raconté nos impressions de Skiathos, très joli site noyé sous le flot de touristes. Et bien, Skopelos est très joli aussi, mais il y a beaucoup moins de monde. Assez manifestement pour faire travailler les gens du coin, mais pas assez pour vous dégoûter de l’endroit. Du coup, c’est vivant, agréable, sympa : la ville à flanc de colline, les petites ruelles s’entrelaçant, façades blanchies et sourires des habitants. Petit bonus pour ceux qui viendront jusque là un jour : lorsqu’on monte les escaliers dans le coin nord du port, on arrive à une petite terrasse avec vue sur la mer… Un bar est installé là. Le soir, c’est d’un romantique terrible.
C’est aussi à Skopelos que nous avons assisté à l’entrée en scène du meltem. J’ai déjà parlé de ce vent de nord qui souffle l’été en mer Egée et qui a une sale réputation. Nous attendions de voir, partagés entre appréhension et impatience… De nuit, alors que tout le port, bienheureux, dormait, le vent s’est levé brusquement. En une heure, il soufflait assez pour faire siffler les haubans. Sara était bien mouillé, pas de problème. Mais Marion garde un souvenir attendri de cet italien tout nu qui courait partout sur son pont pour reprendre ses amarres, son mouillage. La bourrasque a duré huit ou dix heures, les vagues par-dessus la digue, les bateaux gîtés les uns contre les autres. Bref la bonne baston. Puis plus rien, pétole, grand beau temps. La météo annonçait 7 à 8 de Nord ouest, je crois.
La nuit suivante, même topo, exactement. Prudents, nous étions restés au port. Le vent qui se lève en pleine nuit, les plaisanciers qui se réveillent inquiets, les vagues par dessus la digue… Et plus rien à la mi-journée. Dans l’après-midi, Sara, qui, à force, commençait à s’ennuyer, a décidé d’aller voir dehors s’il faisait aussi beau que dans le port. Ce qui a permis à nos estomacs de méditer longuement sur la notion de houle résiduelle. Car s’il n’y avait plus beaucoup de vent, il restait des vagues, de toutes les tailles, dans tous les sens. Partis avec foc et GV à un ris, nous avons eu beau renvoyer toute la toile, nous étions secoués comme des pruniers,  blackboulés comme des boules de billard. Pas moyen de gonfler une voile correctement, vitesse ridicule… J’adore ces conditions ! Il a fallu mettre au moteur pour s’en sortir. 


114-Le-bateau-de-Galem.JPG Cela nous a amenés au petit port adorable de Votsi, sur l’île Alonisos. Un pêcheur sympa avec un sourire extraordinairement communicatif nous a aidés à  nous amarrer sur les coffres. Nous l’avons recroisé deux jours plus tard. Gamal est égyptien. Comme pas mal de ses compatriotes, il travaille sur les bateaux de pêche grecs. Faute d’une langue en commun, nous n’avons pu échanger beaucoup de phrases, ses  trois mots d’anglais ajoutés à nos deux d’arabe ne suffisant pas à faire une discussion, mais l’important est de se rencontrer, cela suffisait à notre bonheur. La carte générale de Méditerranée nous a aidés à nous comprendre. Il m’a dit qu’il fallait aller moins vite pour que la ligne de traîne se décide à attraper autre chose que des morceaux de plastique. La bonne vitesse pour traîner, c’est trois nœuds.

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14 juillet, après quelques milles au louvoyage dans des îles enchanteresses, nous avons mouillé à Pelagos. Pas âme qui vive sur Pelagos, hormis un monastère et des chèvres en liberté. Du maquis et des cigales pour tenir compagnie aux chèvres et quelques mouillages terribles, avec des eaux d’une clarté enchanteresse. Nous n’avons pu nous arracher de cette île qu’au bout de 4 jours, passés pour moi à plonger, lire, dormir, pêcher, manger, faire du pain, replonger, lire à nouveau… Marion, pendant ce temps, essayait de se débarrasser d’un méchant rhume qui l’abattait complètement. Les Sporades du nord, plus l’on va vers l’est, moins il y a de civilisation, moins il y a de touristes et plus nous on aime. Nous voilà finalement ravis de ce détour vers le nord qui nous avait fait râler au mois de juin. 

Avant hier matin, nous avons finalement fait route vers Skyros, à 35 milles au sud est. La sortie sous foc et GV à un ris au louvoyage dans la passe de 40m de large nous a ravis. Ca me rappelait Fazzio (une petite anse merveilleuse à côté de Bonifacio, pour ceux qui ne connaissent pas.) C’est un sacré bonheur de pouvoir se faire des petits moments de jolie voile comme ça. Ensuite, nous avons fait route au largue, d’abord sous foc puis sous spi, avec une mer agitée, assez désorganisée. Enfin l’occasion de faire des milles en mer ouverte, avec un horizon ouvert. Cela ne nous était pas arrivé depuis la mer ionienne, en mai. Car la Grèce, jusqu’ici, c’a été très souvent des petites navs de quelques milles de mouillage en mouillage, des navigations dans des golfes encaissés.

131-Ayos-Focas.JPG Et maintenant, nous voilà à Skyros. En arrivant, nous sommes allés mouiller dans Ormos Ayos Fokas, au milieu des pins. Hier, nous n’avions plus que 5 milles, à peu près, à parcourir pour arriver à Linaria, principal port de l’île. Nous avons quitté en fin d’après-midi le mouillage sous spi (celui de Class8, il a des épaules magnifiques.) Il y avait quand même de l’air. En 20 minutes sous spi, nous avons empanné trois fois, avec pas beaucoup de place entre les îles. Mais tout est passé comme dans un rêve, clac clac boum et on repart. Encore un joli petit moment de bateau qui s’est conclu par le passage entre Skyros et l’île Valaxa, 40m de large et trois mètres de fond, super beau. Nous en sommes tout contents.

132-Linaria.JPG A Linaria, nous sommes mouillés cul à quai entre deux pêcheurs dans un trou de souris. Pas beaucoup de place dans ce port minuscule mais très mignon.  Aujourd’hui, nous avons pris le bus pour aller visiter Skyros ville, la capitale de l’île. Nous nous sommes régalés à parcourir ces ruelles blanches, à admirer cette ville en pente, avec ces toits plats. 





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Depuis le coup de vent lorsque nous étions à Skopelos, le meltem n’est pas tombé. Il parait qu’une fois installé, il dure tout l’été. Par contre, il a molli progressivement, sans cesse un peu moins fort. Il y a eu avis de coup de vent pour le sud de la mer Egée pendant 5 jours, puis seulement 6 à 7 beaufort d’annoncés les jours suivants. Depuis, c’est plutôt 5 à 6 Beaufort de prévus, stabilisé au nord nord est. Aujourd’hui, on nous annonce une rotation vers le nord nord ouest. Dans la pratique, nous avons par moments moins, mais d’autres fois autant. Il nous semble même, contrairement aux dires des guides nautiques, que le vent atteint souvent son maximum entre 9h et 14h locales, pour diminuer franchement l’après-midi. Ainsi, entre Pelagos et Skyros, nous avons eu, vers 15h, une molle très nette, avant que le vent ne revienne pour 12 noeuds. Peut-être la suite de l’été démentira t’elle cette impression (j’avoue que je suis surpris) ?
Contrairement à ce que beaucoup disent, depuis que nous sommes en Grèce, je trouve les bulletins VHF et BLU assez fiables, pour autant qu’on fasse l’effort de ne pas prendre ce qui y est dit pour argent comptant mais de se faire son opinion par soi-même. C’est un peu comme en Corse, me disais-je hier : nous avons la chance d’avoir des services météo qui relèvent la gageure de produire un bulletin très détaillé pour des mers oh combien capricieuses, alors profitons en plutôt que de leur reprocher de ne pas être exacts !

130-De-gros-oliviers--.JPG

Les effets locaux sont terribles (variations locales du vent dues aux reliefs), ici. Ils prennent des proportions impressionnantes. Sur Skyros par exemple, le vent soufflant du nord à 10 milles au nord de l’île, il atteint l’ouest nord ouest en contournant la côte ouest de l’île. Mais il passe aussi par-dessus les montagnes dans les vallées, orienté cette fois nord est. Cela crée des accélérations, des molles (ça doit être génial de régater par ici !). Rod Heikell comme les Instructions Nautiques signalent, sur de nombreuses côtes sous le vent, des rafales très fortes et conseillent carrément de naviguer 2 milles au large, par souci de sécurité. Nous n’avons pas encore eu la chance de rencontrer un tel phénomène, j’ai hâte de pouvoir me faire un avis là-dessus. 
Par mathieu et marion
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